Gabon : le manganèse gabonais au cœur de la révolution des batteries, pourquoi 2029 est une date qui compte pour l’industrie mondiale

En janvier 2029, le Gabon cessera d’exporter du manganèse brut. La décision, annoncée en mai 2025, est désormais inscrite dans les agendas des acheteurs mondiaux. L’Afreximbank, dans son African Trade and Economic Outlook 2026, le documente sans ambiguïté : la demande mondiale en manganèse progressera de 50 à 60 % d’ici 2040, tirée par la fabrication de batteries pour véhicules électriques. Le Gabon détient une part significative des réserves africaines de ce métal. Et à partir de 2029, il ne livrera plus que du manganèse transformé. Pour les industriels qui en ont besoin, fabricants de batteries, constructeurs automobiles, équipementiers, la question n’est plus de savoir si le Gabon va tenir sa décision. C’est de savoir comment s’y positionner avant que les unités de transformation ne soient saturées.

Ce qui rend la position gabonaise particulièrement solide, c’est le contexte global dans lequel elle s’inscrit. L’Afrique contrôle une part disproportionnée des minéraux critiques nécessaires à la transition énergétique mondiale. Selon l’Afreximbank, la valeur de la production minière africaine atteignait 50 milliards de dollars en 2024, mais seulement 16 milliards en raffinage, soit 7 % de la valeur mondiale. L’essentiel de la valorisation se fait hors du continent. La décision gabonaise sur le manganèse s’attaque précisément à cet écart. En forçant la transformation locale, Libreville ne se contente pas de capter plus de valeur, il repositionne le Gabon dans la chaîne de valeur mondiale des batteries, à un échelon où les marges sont structurellement plus élevées que dans l’extraction brute.

La révision du Code minier lancée le 23 juin 2026 ajoute une dimension supplémentaire à ce tableau. Elle ne concerne pas seulement le manganèse, elle s’attaque à l’ensemble du secteur minier gabonais, y compris la filière aurifère, où l’exploitation clandestine et les trafics transfrontaliers représentent une perte de recettes fiscales difficile à quantifier mais réelle. Un Code minier modernisé, plus exigeant sur la traçabilité et plus attractif pour l’investisseur formel, crée les conditions dans lesquelles l’or gabonais, dont les cours ont atteint 4 876 dollars l’once au premier trimestre 2026 selon la BEAC, peut enfin générer des recettes à la hauteur de sa valeur de marché. Le manganèse donne le cap. L’or offre l’opportunité immédiate.

Le marché envoie des signaux convergents. Au premier trimestre 2026, la BEAC cite explicitement les opérations gabonaises parmi les moteurs de la hausse mondiale du manganèse, un niveau de reconnaissance institutionnelle rare dans une note de conjoncture régionale. Parallèlement, l’aluminium progresse de 12,9 % à 3 193 dollars la tonne, tiré par les mêmes dynamiques de transition énergétique. Les métaux de la transition ne sont pas un cycle conjoncturel, ils sont une tendance structurelle de plusieurs décennies. Le Gabon a choisi d’en être un acteur de transformation plutôt qu’un simple fournisseur de matière première. C’est un pari industriel, pas une posture.

Il reste à le tenir dans les délais. Deux ans et demi séparent aujourd’hui l’entrée en vigueur de l’interdiction du manganèse brut. C’est court pour construire des unités de transformation, attirer des partenaires industriels et former une main-d’œuvre qualifiée. Mais c’est précisément ce que les investisseurs sérieux regardent : la clarté du calendrier, la fermeté de la décision, la cohérence du cadre juridique en cours de révision. Ces trois éléments sont désormais alignés. Pour un industriel qui cherche à sécuriser un approvisionnement en manganèse transformé pour ses lignes de production de batteries à l’horizon 2030, le Gabon n’est plus seulement un pays minier africain parmi d’autres, c’est un partenaire dont l’offre future est déjà lisible, chiffrée et encadrée par le droit.

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