La recomposition de la carte des fournisseurs du Gabon en 2025 ne se résume pas à un fait divers statistique. Elle traduit un mouvement de fond dans la géographie des approvisionnements du pays. Les données compilées par la DGEPF à partir des relevés douaniers de la DGDDI montrent que la part de l’Afrique hors CEMAC dans les importations gabonaises a bondi de 16,5% au troisième trimestre à 26,5% au quatrième trimestre 2025, soit une progression de +90,9% en un seul trimestre. Derrière ce chiffre, deux noms concentrent l’essentiel de la dynamique : le Togo et le Sénégal.
Le Sénégal affiche sur l’ensemble de l’année 2025 une progression de +616,9% de ses exportations vers le Gabon, une hausse qui, même rapportée à un effet de base potentiellement faible, reste hors norme. Au quatrième trimestre, la progression atteint encore +41,4%, portant le poids du Sénégal à 2,8% des importations totales gabonaises sur la période. Le port de Dakar, hub atlantique dont les capacités logistiques ont été renforcées ces dernières années, est au coeur de cette dynamique : comme Lomé pour le Togo, Dakar redistribue vers l’Afrique Centrale une partie des flux en provenance d’Europe et d’Asie, et le Gabon figure parmi ses débouchés en expansion.
Ces deux pays ne livrent pas au Gabon ce qu’ils produisent. Ils livrent ce qu’ils reçoivent d’ailleurs et réacheminent. Ce mécanisme de réexportation, bien documenté pour Lomé dans le commerce régional ouest-africain, prend une dimension nouvelle lorsqu’il s’applique aux importations gabonaises. Il révèle la capacité de ces hubs à capter des flux que le Gabon pourrait, en théorie, alimenter directement depuis les pays producteurs d’origine. La différence de coût, de délai et de fiabilité entre une route directe et un passage par Lomé ou Dakar est, manifestement, encore favorable à ces plateformes intermédiaires pour un nombre significatif d’opérateurs gabonais.
Sur l’ensemble de l’année 2025, la structure continentale des importations gabonaises reste néanmoins dominée par l’Europe à 34,7%, devant l’Afrique à 28,3% et l’Asie à 27,9%. La poussée de l’Afrique hors CEMAC est donc réelle mais encore concentrée sur le T4, et son caractère durable reste à confirmer. Les dix premiers fournisseurs du Gabon affichent globalement une hausse de +34,2% au quatrième trimestre mais un recul de -7,6% sur l’année, tandis que les importations totales du pays progressent de +24,7% sur le trimestre et reculent de -4,4% sur l’ensemble de l’exercice.
Ce que ces chiffres posent en creux, c’est la question de la pertinence des infrastructures portuaires gabonaises dans la compétition logistique régionale. Si Lomé et Dakar organisent et facturent le transit de marchandises destinées au Gabon, c’est que les opérateurs économiques y trouvent un intérêt supérieur à celui qu’offrent les ports gabonais. Owendo, Port-Gentil et Port-Louis ne jouent pas, pour l’heure, le même rôle de hub régional. Tant que cette situation perdurera, une partie de la valeur logistique générée par les importations gabonaises continuera d’être captée hors du territoire national, au bénéfice de pays voisins qui ont fait de la logistique portuaire un levier délibéré de développement économique.














