Au Gabon, les soupçons de modifications de lois entre leur adoption et leur publication au Journal officiel alimentent une vive controverse. Après les critiques de l’ancien Premier ministre Raymond Ndong Sima, Geoffroy Foumboula et l’ancien sénateur Michel Ongoundou Loundah, un juriste contacté par notre rédaction apporte un éclairage destiné à défendre la régularité des procédures et à préserver la confiance dans les institutions.
Selon l’argumentaire développé par le juriste, qui a requis l’anonymat, le Secrétariat Général du Gouvernement (SGG) ne décide pas du contenu des lois. Il veille à leur traitement administratif et à leur publication. Les textes suivent un circuit impliquant les ministères, le Conseil interministériel, le Conseil d’État, le Parlement et la présidence de la République. L’original signé et archivé demeure la référence permettant de vérifier la conformité de toute publication officielle.
L’erratum ne constitue pas une falsification
L’affaire de la Commission nationale de la démocratie et de la participation citoyenne (CNDPC) cristallise les désaccords. Selon les explications avancées par le juriste, l’absence du Secrétariat permanent dans la publication initiale résultait d’une omission matérielle. Le ministre chargé des Relations avec les Institutions aurait officiellement sollicité un erratum, publié début octobre 2026, afin de rétablir le texte adopté.
Pour le juriste, une telle correction ne saurait être assimilée à une manipulation législative dès lors qu’elle reproduit fidèlement l’original. Les accusations concernant la Constitution, la loi sur les partis politiques et certaines ordonnances méritent toutefois des vérifications distinctes. Une divergence constatée ne suffit pas, à elle seule, à établir une falsification ou une responsabilité administrative.
La sécurité juridique au cœur du débat
Derrière cette polémique apparaît un enjeu institutionnel majeur : la distinction entre compétence juridique et capacité matérielle de modifier un document. Pour le juriste, le Secrétariat Général du Gouvernement ne dispose pas du pouvoir de substituer sa volonté à celle du législateur. Sa mission consiste précisément à garantir la traçabilité et la fidélité des actes officiels.
Dans le Gabon post-Transition, cette controverse touche directement à la séparation des pouvoirs et à la crédibilité de l’État. Pour les citoyens comme pour les investisseurs, la stabilité des règles constitue une garantie essentielle. Entretenir des soupçons sans preuves pourrait fragiliser cette confiance, tandis que des anomalies inexpliquées risqueraient également de l’éroder.
La transparence comme réponse institutionnelle
La commission d’enquête réclamée par l’ancien sénateur Michel Ongoundou Loundah pourrait permettre une comparaison contradictoire des versions votées, promulguées et publiées. Une telle démarche contribuerait à distinguer les erreurs matérielles des éventuelles irrégularités, sans préjuger des responsabilités.
Trois perspectives se dessinent : la publication des pièces justificatives, une vérification parlementaire ou des investigations judiciaires si des irrégularités sont établies. Pour le juriste, la meilleure défense de l’administration demeure la démonstration de la conformité de ses procédures. Car la confiance dans les institutions ne se décrète pas : elle se construit par la transparence, la rigueur juridique et la capacité de l’État à justifier ses actes.













