Le Gabon demeure un producteur de pétrole brut, mais la pénurie d’octobre 2026 rappelle que cette position ne garantit pas l’autosuffisance en carburants. Le ministère du Pétrole a confirmé le recours à une cargaison d’importation pour reconstituer les volumes disponibles chez les distributeurs. Le navire arrivé à Owendo le 4 octobre transportait environ 30 000 m³, selon les informations communiquées par la direction de l’Aval pétrolier. Cette dépendance aux importations de produits finis expose le marché intérieur aux conditions du commerce international, même lorsque le pays dispose de ressources pétrolières importantes.
La différence entre production pétrolière et disponibilité des carburants est fondamentale. Le brut extrait des champs gabonais peut être exporté, tandis que les besoins locaux en essence, gasoil ou kérosène nécessitent des opérations de raffinage adaptées. La SOGARA, installée à Port-Gentil, transforme une partie du pétrole destiné au marché national, mais ses capacités et sa configuration industrielle font aujourd’hui l’objet d’un programme de modernisation. En avril 2026, Technip Energies a annoncé deux contrats d’ingénierie visant à optimiser les unités existantes et à développer un nouveau complexe modulaire d’hydrocraquage. Les investissements envisagés doivent notamment permettre d’augmenter la production de carburants répondant aux normes Africa 5, plus exigeantes sur leur teneur en soufre.
Les importations introduisent plusieurs composantes de coût qui ne se confondent pas avec le prix du pétrole brut. Les distributeurs doivent tenir compte du prix des produits raffinés, du transport maritime, des assurances, des opérations portuaires, du stockage et de l’acheminement terrestre. Les conditions de paiement et les délais de livraison influencent également les besoins de trésorerie des opérateurs. Le directeur général de la SGEPP a souligné le 5 octobre que la demande internationale élevée compliquait la recherche de cargaisons et de navires disponibles. Une hausse des cours ou des frais logistiques peut ainsi accroître le coût d’approvisionnement, sans que le Gabon puisse nécessairement la compenser par sa propre production de brut.
Cette vulnérabilité s’inscrit dans un contexte budgétaire pour le moins contraint. Le projet de loi de finances 2027, adopté en Conseil des ministres en septembre, prévoit un budget de 6 223,1 milliards de fcfa et un recours aux financements internationaux d’environ 1 144 milliards de fcfa. Le gouvernement poursuit parallèlement ses discussions techniques avec le Fonds monétaire international en vue d’un éventuel nouveau programme économique. Pour l’État, la question des carburants dépasse donc la seule disponibilité physique : elle concerne également le coût des importations, les éventuels mécanismes de soutien aux prix et la capacité des finances publiques à absorber de nouveaux chocs pétroliers.
Reste pour l’heure à déterminer si les projets de modernisation de la SOGARA permettront de réduire durablement les importations et à quel coût. Une augmentation de capacité n’est économiquement pertinente que si elle s’accompagne d’un approvisionnement compétitif en brut, d’un rendement industriel suffisant et de débouchés commerciaux capables de couvrir les charges d’exploitation et de financement. Le gouvernement gagnerait donc à publier les volumes annuels raffinés localement, les quantités importées par produit et les coûts correspondants. Ces indicateurs permettraient de mesurer la dépendance réelle du Gabon et d’apprécier les économies potentielles associées aux nouveaux investissements industriels.













