Deux pays de la CEMAC, une même note souveraine chez Moody’s, mais deux directions opposées. Le Gabon et la République du Congo sont tous deux notés Caa2, catégorie qui traduit un risque de crédit très élevé. Pourtant, Brazzaville bénéficie d’une perspective positive, tandis que Libreville reste sous perspective négative. Dans son état des lieux publié le 7 octobre, Moody’s classe ainsi le Congo parmi les huit pays africains à perspective positive et le Gabon parmi les quatre seuls à perspective négative.
Pour Brazzaville, le retournement remonte au 27 mai 2026, lorsque Moody’s a relevé la perspective de stable à positive tout en maintenant Caa2. L’agence avait notamment constaté une réduction des risques de défaut à court terme grâce au retour du Congo sur les marchés internationaux de capitaux et à la perspective d’un nouveau programme avec le FMI. Elle relevait également que les prix pétroliers et l’augmentation programmée de la production de pétrole et de gaz pouvaient soutenir les recettes publiques et améliorer la capacité du pays à servir sa dette.
La perspective positive congolaise ne signifie pourtant pas que les fragilités ont disparu. Moody’s continue de relever un endettement élevé, des arriérés extérieurs envers des créanciers officiels, des impayés domestiques envers des fournisseurs ainsi qu’un historique de faiblesse dans la gouvernance budgétaire. Le maintien de la note à Caa2 rappelle ainsi que l’agence distingue l’amélioration de la direction suivie par Brazzaville du niveau encore élevé de son risque de crédit. La perspective traduit une possibilité d’amélioration future, et non une sortie immédiate de la catégorie spéculative.
Le chemin suivi par Libreville est inverse. Le 24 juin, moins d’un mois après la décision sur le Congo, Moody’s a abaissé la perspective du Gabon de stable à négative, tout en maintenant là aussi la note à Caa2. L’agence invoquait les besoins de financement importants, l’accès restreint aux ressources, le risque de progression de l’endettement et la possibilité de nouvelles opérations de dette pouvant être considérées comme réalisées sous contrainte. Trois mois plus tard, le diagnostic régional de Moody’s ajoute un nouveau signal : le Gabon figure parmi les pays où la dette devrait augmenter le plus, alors que celle de l’Afrique subsaharienne devrait globalement diminuer.
La comparaison montre ainsi combien le risque souverain peut diverger au sein d’une même union monétaire. Libreville et Brazzaville partagent le franc CFA, la BEAC et le marché régional des titres publics, mais Moody’s distingue leurs dynamiques budgétaires et leurs conditions de financement. Le Congo bénéficie pour l’heure d’un signal d’amélioration après avoir restauré son accès aux capitaux internationaux ; le Gabon doit encore convaincre que l’audit de sa dette, les discussions avec le FMI et son prochain cadrage budgétaire pourront réduire les pressions sur son financement. À notation identique, c’est désormais la trajectoire qui départage les deux signatures de la CEMAC.













