Alors que le Gabon multiplie les projets de production électrique pour résorber son déficit énergétique, le financement des nouvelles infrastructures devient un enjeu majeur. Gabon Power Company (GPC) cherche à mobiliser 122 milliards fcfa pour poursuivre la construction de la centrale thermique à gaz Orinko, d’une capacité de 124 MW, dans la commune d’Owendo. Du 28 septembre au 2 octobre 2026, quatre institutions financières internationales ont achevé leur mission d’évaluation du projet. Une opération qui survient alors qu’un autre investisseur, l’américain Aurion Capital Holdings, a annoncé le 13 octobre un programme énergétique pouvant atteindre 450 MW, pour un financement supérieur à un milliard de dollars. Deux investissements distincts, concentrés sur le Grand Libreville, qui illustrent les besoins considérables en capitaux du secteur électrique gabonais.
Pour Orinko, les financements recherchés doivent provenir de la Société financière internationale (SFI), de la Banque africaine de développement (BAD), de la Development Bank of Southern Africa (DBSA) et de la U.S. International Development Finance Corporation (DFC). Ces quatre institutions ont achevé plusieurs mois d’évaluation technique, environnementale, juridique et financière. Leur intervention doit permettre de compléter les fonds propres déjà mobilisés par GPC et ses partenaires, Africa50, Melec PowerGen et Wärtsilä, qui ont engagé les premiers travaux. Sur le terrain, les opérations de libération de l’emprise, de réinstallation des populations concernées, de terrassement et de remblai ont progressé. Le projet prévoit l’installation de 13 groupes moteurs Wärtsilä et la création de plus de 300 emplois directs. La mobilisation des 122 milliards fcfa constitue désormais une étape déterminante pour poursuivre la construction de cette infrastructure.
Cette recherche de financement s’inscrit dans un contexte où les besoins électriques du pays dépassent largement le périmètre de la centrale d’Owendo. Gabon Power Company développe, avec ses partenaires, six projets de production d’électricité et une usine d’eau potable, représentant plus de 900 milliards fcfa d’investissements. Ces infrastructures doivent apporter à terme plus de 700 MW de capacités supplémentaires et nécessitent notamment la construction de plus de 300 kilomètres de lignes électriques. Le portefeuille comprend les projets hydroélectriques de Kinguélé Aval, Ngoulmendjim et Booué, ainsi que des centrales thermiques. Orinko s’inscrit dans ce programme d’expansion, dont la réalisation repose sur la capacité des promoteurs à associer fonds propres, financements concessionnels ou commerciaux et contrats permettant de sécuriser les revenus futurs. Les échanges avec les bailleurs ont également porté sur l’approvisionnement en gaz naturel et les réformes du secteur électrique.
C’est dans ce contexte qu’intervient Aurion Capital Holdings, qui prévoit un investissement supérieur à un milliard de dollars dans le programme Panthera Power, annoncé le 13 octobre 2026. Le groupe américain, disposant de bureaux à Abou Dhabi et à Dubaï, a signé le 8 septembre un protocole d’accord avec l’État gabonais et la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Le programme porte sur une capacité comprise entre 150 et 450 MW, associant centrales électriques alimentées au gaz naturel, infrastructures d’approvisionnement gazier et équipements de transport et de distribution d’électricité. Contrairement au montage d’Orinko, qui repose sur des promoteurs déjà engagés et quatre bailleurs identifiés, Panthera Power doit être développé et financé par Aurion Capital et ses partenaires, sans engagement financier de l’État selon le protocole. La SEEG est pressentie pour acheter l’électricité produite. Le groupe a confié les études de préfaisabilité au cabinet londonien Global Infrastructure Advisors, avant d’engager les négociations contractuelles définitives.
La coexistence de ces deux programmes pose désormais la question de leur articulation financière, industrielle et énergétique. Orinko représente 124 MW supplémentaires, tandis que Panthera Power ambitionne entre 150 et 450 MW, soit une capacité cumulée potentielle de 274 à 574 MW si les deux projets aboutissent dans leur configuration annoncée. Leur développement s’inscrit dans le Pacte national de l’énergie, qui prévoit de porter la capacité électrique installée du Gabon à 1 100 MW d’ici 2030, pour un besoin d’investissement estimé à 4,169 milliards de dollars entre 2026 et 2030, dont 2 milliards attendus du secteur privé. Les situations financières des deux projets restent toutefois différentes : Orinko a engagé ses premiers travaux et achevé l’évaluation de ses bailleurs, tandis que Panthera Power se trouve au stade des études et de la structuration de son financement. Pour Libreville, la mobilisation des 122 milliards fcfa d’Orinko représente ainsi un premier test concret de la capacité à transformer les projets électriques annoncés en infrastructures financées et construites.













