Gabon : trois ans après le coup d’État, Oligui Nguema promet les libertés syndicales mais fixe une ligne rouge aux grèves

Le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema a profité de la Fête de la Libération pour préciser sa doctrine face aux tensions sociales : reconnaissance des libertés syndicales, obligation de dialogue, mais refus de toute paralysie durable des services publics. « J’entends les inquiétudes des travailleurs et des partenaires sociaux. Le droit de grève et la liberté syndicale seront respectés dans le cadre fixé par la loi », a déclaré le président le 30 août 2026 à Makokou. Trois ans après le coup d’État du 30 août 2023, le chef de l’État cherche ainsi à installer un équilibre entre reconnaissance des droits sociaux et affirmation de l’autorité publique.

La responsabilité du dialogue n’est pas renvoyée aux seuls syndicats. Le président impose également des obligations à son administration : « J’exige de l’administration qu’elle écoute avant de décider, qu’elle explique avant de mettre en œuvre et qu’elle corrige lorsque la réalité le commande. » Il ajoute que « réformer ne signifie pas gouverner loin du peuple, c’est préparer l’avenir avec lui, dans son intérêt ». Cette formulation constitue une reconnaissance explicite du risque de rejet que peuvent provoquer certaines réformes lorsqu’elles modifient des habitudes, touchent des intérêts établis ou imposent de nouveaux efforts aux travailleurs.

Le chef de l’État place néanmoins une limite très claire à l’exercice du rapport de force social. « L’État doit écouter et négocier de bonne foi ; les partenaires sociaux doivent porter des propositions responsables et préserver la continuité des services essentiels », affirme-t-il. La notion de continuité devient ainsi la frontière posée par le pouvoir. Le discours ne remet pas formellement en cause le droit de grève, mais indique que son exercice devra cohabiter avec le maintien de certaines missions considérées comme indispensables. Les modalités concrètes de cet équilibre dépendront toutefois du cadre légal applicable et de sa mise en œuvre.

La phrase la plus politique du passage résume cette recherche d’équilibre : « Le dialogue ne peut devenir le prétexte à la paralysie du pays, pas plus que l’autorité ne peut servir de prétexte au refus d’entendre. » Oligui Nguema refuse ainsi, dans le même temps, deux positions : celle d’un mouvement social susceptible de bloquer durablement l’activité publique et celle d’un État utilisant son autorité pour se soustraire à la négociation. « J’assurerai à la fois le respect des libertés, la continuité de l’État et la poursuite des réformes indispensables », promet-il.

L’épreuve sera désormais celle de l’application. La coexistence entre droit de grève, liberté syndicale et continuité des services essentiels devient particulièrement sensible lorsque les revendications touchent des secteurs comme la santé, l’éducation ou l’administration. Le discours de Makokou fixe donc une doctrine mais ne règle pas à lui seul les arbitrages qui pourront apparaître lors des prochains conflits sociaux. En promettant simultanément dialogue et fermeté, Oligui Nguema place surtout son gouvernement devant sa propre obligation : démontrer qu’il est possible de « négocier de bonne foi » sans abandonner les réformes, et de garantir la continuité de l’État sans vider les libertés syndicales de leur substance.

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