En marge des festivités du 30 août à Makokou, le gouvernement gabonais a officialisé le lancement de Gabon Infini, un programme de financement mixte destiné à protéger 30 % des écosystèmes du pays d’ici 2030. Ce mécanisme entend concilier conservation de la biodiversité et développement économique des populations rurales. Un pari ambitieux, mais dont les retombées concrètes restent, pour l’heure, à préciser.
Le 28 août dernier, le gouvernement gabonais a dévoilé un ambitieux projet en matière de conservation. Épaulé par The Nature Conservancy (TNC) et la coalition Enduring Earth, Libreville a annoncé le lancement officiel de Gabon Infini, un programme de financement de projets pour la pérennité (PFP) censé réunir jusqu’à 200 millions de dollars – près de 115 milliards de francs cfa – sur dix ans.
« Cette initiative aidera ce pays riche en biodiversité à générer des avantages économiques durables dans les paysages des aires protégées, tout en faisant progresser son ambitieux engagement « 30x30x30 » visant à préserver 30 % de ses écosystèmes terrestres, d’eau douce et marins d’ici 2030 », indique le communiqué de Nature Conservacy annonçant l’initiative.
Dans les faits, le Gabon coche toutes les cases du réservoir de biodiversité : 88 % de couvert forestier tropical, 800 kilomètres de façade maritime, une faune parmi les plus remarquables au monde. Mais la pression s’accentue sur ces écosystèmes, avec la demande mondiale croissante en minéraux (pétrole, bois et produits alimentaires), et le changement climatique. Gabon Infini entend financer des réponses concrètes à ces défis.
Le communiqué annonce plusieurs objectifs ambitieux. D’abord, 3,7 millions d’hectares d’aires protégées supplémentaires viendront s’ajouter aux 3,8 millions déjà existants, avec des moyens renforcés pour leur gestion. Ensuite, la mise en place d’initiatives communautaires axées sur la gestion durable des forêts et l’écotourisme. Le programme doit également apporter une réponse aux conflits homme-faune, sujet sensible pour de nombreuses communautés à travers le pays. Et enfin, une adaptation face à l’érosion côtière et aux inondations.
Sur le plan technique, Gabon Infini relève d’un modèle de financement de projets qui gagne du terrain. Plutôt que de dépendre d’un bailleur unique ou du seul budget de l’État, le pays mutualise plusieurs sources : fondations privées (Bezos Earth Fund, fondation Gordon et Betty Moore), fonds multilatéraux (Fonds pour l’environnement mondial) et ONG de conservation, réunis sous une même enveloppe. La gestion revient à une structure gabonaise, le Fonds de préservation de la biodiversité au Gabon (FPBG), un fonds fiduciaire indépendant.
Le vice-président du gouvernement, Herman Immongault, a insisté sur la dimension humaine du projet : « Notre vision est qu’au-delà de la simple valorisation de nos ressources naturelles, nous plaçions les populations et nos communautés au cœur du développement. » , a-t-il indiqué lors du lancement du projet. Une déclaration d’intention que les projets effectivement financés sur le terrain devront confirmer.
Toujours selon le communiqué, Gabon Infini s’appuie sur les acquis du projet Nature Bonds, un mécanisme similaire de 163 millions de dollars lancé en 2023 et centré sur les océans. Reste que ce type de montage soulève des questions récurrentes. Notamment, quelle part de l’argent ira réellement aux communautés plutôt qu’aux frais de gestion et de structuration du projet ? Quels indicateurs permettront de vérifier, d’ici dix ans, que les 3,7 millions d’hectares annoncés sont effectivement protégés ? Autant de questions qui n’ont pas de réponses pour l’heure, tout comme le calendrier détaillé du projet.













