Manganèse : comment Eramet-Comilog veut accélérer la création de valeur au Gabon

Le Gabon entre dans une nouvelle phase de sa stratégie minière : celle où la valeur de la ressource ne se mesure plus uniquement aux volumes extraits, mais à la capacité du pays à la transformer sur son territoire. Dans cette évolution, Eramet-Comilog se positionne comme l’un des principaux acteurs de la montée en gamme de la filière manganèse, à travers un programme combinant investissements industriels, infrastructures et développement local.

À Moanda, cette dynamique s’est récemment traduite par la rétrocession à l’État gabonais, le 22 août 2026, d’infrastructures d’eau et d’éclairage public évaluées à 6,47 milliards de FCFA. Ces équipements comprennent notamment une station de traitement d’eau, deux forages industriels équipés de systèmes de traitement et le renforcement de deux surpresseurs de la SEEG. Ils permettent de connecter 417 logements, soit 2 022 bénéficiaires, à une capacité de production de 12 m³ d’eau traitée par heure. À cela s’ajoutent près de 6 000 lampadaires solaires installés entre 2020 et 2026.

700 000 tonnes : le changement d’échelle industriel

Mais le véritable enjeu économique se situe au-delà des infrastructures sociales. Il réside dans le changement d’échelle envisagé pour la transformation du manganèse gabonais. Le protocole signé le 20 juillet 2026 à Paris entre l’État gabonais, Eramet et Comilog prévoit un objectif pouvant atteindre 700 000 tonnes de minerai transformées localement chaque année à l’horizon 2031.

Ce programme ouvre plusieurs fronts d’investissement. Une usine d’oxyde de manganèse de 10 000 tonnes par an est envisagée près de Libreville à l’horizon 2028, avec une orientation notamment vers les matériaux destinés aux batteries de véhicules électriques. Le Complexe métallurgique de Moanda doit également être réhabilité, tandis qu’un projet d’usine d’alliages d’une capacité de 265 000 tonnes par an est prévu près de la côte.

De l’exportation de minerai à la création de valeur

Derrière ces projets se joue une transformation majeure du modèle économique de la filière. L’enjeu n’est plus seulement d’extraire le manganèse au Gabon, mais d’augmenter la part de valeur ajoutée créée localement avant son accès aux marchés internationaux.

La décision d’interdire l’exportation du manganèse brut à compter du 1er janvier 2029 donne à cette stratégie une échéance précise. Elle crée également un cadre incitant les opérateurs à accélérer leurs investissements dans les capacités de transformation, les infrastructures industrielles et les solutions énergétiques nécessaires à leur fonctionnement.

L’énergie et le rail au cœur de la souveraineté minière

Cette nouvelle ambition industrielle repose toutefois sur un autre chantier stratégique : la capacité du Gabon à disposer d’infrastructures suffisamment performantes pour accompagner son industrialisation minière. L’énergie et le transport ferroviaire deviennent ainsi des actifs déterminants de la souveraineté économique.

La modernisation du Transgabonais constitue notamment un levier essentiel pour soutenir les flux de minerai, les approvisionnements industriels et l’acheminement des produits transformés. Avec Setrag, filiale d’Eramet, le groupe est directement impliqué dans cet écosystème logistique qui conditionne la compétitivité de la chaîne de valeur.

Le biocharbon, nouvel axe de valorisation

La stratégie ne se limite pas aux produits issus directement du manganèse. À Lastourville, un four pilote de biocharbon a été lancé en partenariat avec Precious Woods. Une unité de production d’une capacité de 10 000 tonnes par an est à l’étude pour 2029.

L’objectif est de développer une solution énergétique susceptible de remplacer progressivement le coke métallurgique importé. Au-delà de son intérêt industriel, cette initiative ouvre la voie à une valorisation accrue des ressources disponibles localement et à l’émergence de nouvelles activités autour de la chaîne minière.

Le manganèse comme accélérateur d’industrialisation

Pour le Gabon, le sujet dépasse donc le seul périmètre de Comilog. Il touche directement à la capacité du pays à convertir son avantage géologique en avantage industriel. Plus la transformation est réalisée localement, plus les retombées potentielles s’étendent à l’emploi, aux services, aux infrastructures, aux recettes publiques et au développement d’un tissu de sous-traitants.

Le programme engagé avec Eramet-Comilog s’inscrit ainsi dans une équation économique plus large : investir davantage pour extraire, transformer davantage pour créer de la valeur et développer les infrastructures nécessaires pour rendre cette chaîne compétitive.

2029, le rendez-vous de la transformation locale

À trois ans de l’échéance fixée pour l’arrêt des exportations de manganèse brut, le Gabon dispose désormais d’un calendrier industriel précis. Les investissements annoncés autour de Moanda, Libreville et Lastourville dessinent les contours d’une filière appelée à évoluer progressivement vers davantage de transformation et de valeur ajoutée.

Pour le premier producteur mondial de manganèse à haute teneur, l’enjeu est stratégique : faire du manganèse non seulement une ressource exportée, mais un véritable instrument de souveraineté minière et d’industrialisation. Pour Eramet-Comilog, le défi est tout aussi structurant : accompagner cette mutation par des investissements capables de faire émerger au Gabon une chaîne de valeur minière plus intégrée, plus industrielle et davantage créatrice de richesse.

le coup de coeur

Derniers Articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img