Le passage de 1,81 million à 3,52 millions d’habitants, homologué jeudi par la Cour constitutionnelle, change mécaniquement le dénominateur de tous les ratios macroéconomiques par habitant suivis par les créanciers du Gabon. Le PIB par habitant, la dette par habitant et le service de la dette rapporté à la population se retrouvent recalculés à la baisse en apparence, sans qu’aucun fondamental économique n’ait changé entre les deux mesures.
Ce mécanisme n’a rien d’anecdotique pour les agences de notation et les détenteurs d’eurobonds gabonais. Une dette extérieure inchangée en valeur absolue, rapportée à une population presque deux fois plus nombreuse, produit un ratio dette/habitant mathématiquement amélioré, un signal que les marchés pourraient mal interpréter s’il n’est pas immédiatement contextualisé par les autorités et les analystes qui suivent la signature gabonaise.
Se pose alors la question de la méthode de retraitement. Les créanciers et les institutions multilatérales doivent choisir entre comparer les nouveaux ratios à ceux calculés sur la base 2013, au risque de conclure à une embellie en trompe-l’œil du profil de risque, ou retraiter l’ensemble des séries historiques sur la nouvelle base démographique pour préserver la continuité de l’analyse.
Le FMI, qui suit le Gabon dans le cadre de ses programmes de surveillance, doit lui aussi ajuster ses propres modèles, notamment les projections de recettes fiscales par tête et les cibles de convergence CEMAC, où plusieurs critères de surveillance multilatérale reposent sur des agrégats rapportés à la population.
Ce n’est donc pas le chiffre du recensement en lui-même qui compte pour les investisseurs, mais la méthode de transition retenue par les autorités et les bailleurs. Un changement de base démographique qui améliore artificiellement certains ratios de dette pourrait être perçu comme un signal à interpréter avec prudence, plutôt que comme une embellie réelle du risque souverain gabonais.













