Au Gabon, la progression de l’activité minière possède désormais une contrepartie mesurable en hectares de forêt. Entre janvier et juin 2026, 791,55 hectares de couvert forestier ont été perdus sous l’effet des activités minières, selon les données de surveillance spatiale de l’Agence gabonaise d’études et d’observations spatiales (AGEOS). Sur cette superficie, 706,16 hectares, soit 89,2 % du total, se situaient à l’intérieur des périmètres attribués aux opérateurs, tandis que 85,39 hectares ont été affectés en dehors des zones autorisées. Ces données donnent une dimension particulière au projet COSAFE lancé avec l’appui de la Banque africaine de développement : mesurer la richesse issue des ressources naturelles ne revient plus seulement à comptabiliser ce qu’elles produisent, mais également à mieux connaître le capital naturel mobilisé par leur exploitation.
Les données de l’AGEOS, largement reprises, montrent surtout que l’empreinte forestière n’est pas concentrée uniquement sur les grandes exploitations. Sur les superficies touchées à l’intérieur des périmètres miniers, 469,82 hectares sont attribués aux petites exploitations, soit 66,53 % des pertes constatées dans ces zones. Les grandes mines représentent 160,17 hectares, soit 22,68 %, tandis que les permis de recherche comptabilisent 76,17 hectares, ou 10,79 %. Le dispositif de surveillance couvre par ailleurs plus de 8 millions d’hectares et suit 160 permis miniers, dont 9 grandes mines, 52 petites exploitations et 99 permis de recherche.
Ces chiffres illustrent précisément la difficulté que le Gabon cherche désormais à traiter : les indicateurs économiques et environnementaux évoluent encore largement dans des systèmes de mesure distincts. Une mine peut augmenter la production, les exportations et le PIB tout en entraînant simultanément une réduction d’un actif naturel qui n’apparaît pas de la même manière dans les indicateurs économiques traditionnels. Avec le Projet d’appui à l’élaboration des comptes satellites forestiers et extractifs (COSAFE), l’État veut disposer d’instruments capables d’améliorer la connaissance économique de ces secteurs et de leur contribution à la richesse nationale. La question dépasse ainsi le seul volume de minerai extrait : elle porte sur le bilan économique plus complet de son exploitation.
L’enjeu devient plus important à mesure que Libreville veut développer de nouvelles activités minières et approfondir la transformation locale. Le Gabon dispose d’importantes ressources en manganèse mais également d’un potentiel dans le fer, l’or et d’autres minerais, tandis que son immense patrimoine forestier constitue lui-même un actif économique. L’arbitrage ne consiste donc pas nécessairement à choisir entre exploitation minière et conservation de la forêt. Il consiste à disposer d’informations suffisamment précises pour déterminer les bénéfices économiques obtenus en contrepartie des ressources naturelles mobilisées et pour identifier les activités présentant le meilleur équilibre entre valeur ajoutée, emplois, recettes publiques et empreinte environnementale.
COSAFE peut ainsi donner une dimension économique supplémentaire aux données physiques déjà produites par des organismes comme l’AGEOS. La surveillance satellitaire permet aujourd’hui de déterminer où et sur quelle superficie la forêt recule ; les futurs comptes consacrés aux ressources naturelles doivent, eux, améliorer la mesure de la richesse associée à leur exploitation. Pour l’État, le véritable progrès serait de pouvoir rapprocher ces deux dimensions dans ses décisions : combien de valeur, d’emplois et de recettes une activité extractive génère-t-elle, et quelle quantité de capital naturel faut-il mobiliser pour les obtenir ? Dans un pays qui veut simultanément accélérer son développement minier et préserver l’un de ses principaux patrimoines économiques, cette équation devient progressivement un sujet de politique économique à part entière.













