Gabon : vente d’eau en cubitenaires interdite à Libreville, la colère monte

Depuis 48 heures, les livreurs d’eau par camions-citernes qui alimentaient de nombreux foyers du Grand Libreville sont stoppés net par les forces de l’ordre. Une mesure pour le moins abrupte, dans une capitale déjà éprouvée par le stress hydrique chronique.

Depuis deux jours dans le Grand Libreville, les habitants des quartiers privés d’eau courante ne parviennent plus à s’approvisionner auprès de leurs livreurs habituels. Ces derniers leur opposent une même réponse : l’activité leur est désormais interdite, et leurs camions sont systématiquement interceptés par les forces de l’ordre. D’abord perçue comme une rumeur, la réalité s’est imposée à tous ce mercredi 1er juillet 2026.

Il n’en fallait pas plus pour attiser la colère de populations déjà sous tension hydrique du fait des avaries répétées de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Ceci, en dépit la mise en service, en mi-juin 2026, d’une nouvelle station de pompage au quartier PK5, censée desservir plus de 300 000 habitants, soit environ 31% de la population du Grand Libreville. « Déjà qu’il n’y a pas d’eau dans les compteurs. Aujourd’hui vous bloquez les livraisons. Toute la ville doit sentir, c’est ça ? », s’est indigné un internaute confronté à cette réalité. « Parfois je me demande si les gens là réfléchissent, ou s’ils sont carrément malveillants », a renchéri un autre, tout aussi excédé.

Les raisons d’une décision aux contours flous

Sur les motifs de cette interdiction, les hypothèses se multiplient : qualité douteuse de l’eau distribuée, coûts jugés excessifs de la livraison, ou encore mauvaise interprétation par les agents des forces de l’ordre du récent échange entre le chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguéma et les responsables de la SEEG. D’autres évoquent une mesure portée par le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, qui avait déjà abordé la question de la commercialisation informelle de l’eau lors de son passage médiatique sur le bilan des 100 jours du gouvernement. Joint au téléphone, l’entourage du ministre dément toutefois être à  l’origine de cette interdiction.

Quelle qu’en soit l’origine exacte, cette décision paraît, en l’état, davantage source de tension que de solution. Si l’objectif est d’interdire la vente d’eau parallèle, encore faut-il que la SEEG assure elle-même une fourniture continue, en toute saison, y compris dans les nombreux quartiers de la capitale qui tournent encore à sec. Si la question est celle de la qualité sanitaire, c’est à l’Autorité de Régulation du Secteur de l’Eau potable et de l’Energie électrique (ARSEE) ou à l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) d’encadrer ce commerce et d’en garantir le bon déroulement. Interrompre la livraison du précieux liquide sans alternative immédiate relève, au mieux, d’une déconnexion des réalités du terrain ; au pire, d’une mise en danger des populations les plus vulnérables.

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