L’acquisition d’Assala Gabon par la Gabon Oil Company au début de l’année 2024 a été présentée comme une victoire souverainiste. Le gouvernement de transition du général Brice Oligui Nguema reprenait le contrôle d’un actif pétrolier stratégique, jadis cédé à des intérêts privés étrangers. Le récit était séduisant. Ce que les autorités ont omis de détailler, c’est le montage financier qui rend cette « reconquête » possible et potentiellement très coûteuse pour les recettes publiques gabonaises.
Absence totale de divulgation officielle sur les modalités de l’accord
Le rapport de validation de l’ITIE, publié en février 2025, lève un coin du voile. La GOC a contracté un prêt adossé au pétrole d’une valeur de 1,2 milliard de dollars pour financer l’essentiel du prix d’acquisition fixé à 1,3 milliard de dollars. Selon les informations relayées par la presse internationale en mai-juin 2024, deux contreparties sont impliquées : le fonds d’investissement américain The Carlyle Group, ancien actionnaire d’Assala et le trader de matières premières suisse Gunvor, qui aurait fourni 800 millions de dollars de financement. Le remboursement serait structuré autour de 40 000 barils par jour prélevés sur la production nationale sur une durée de cinq ans.
Ce qui est frappant, c’est l’absence totale de divulgation officielle sur les modalités de cet accord. L’ITIE le note explicitement : les termes du contrat de vente à long terme avec Gunvor « ne sont pas publics ». Le Groupe multipartite n’a reçu aucune documentation sur la structure du financement. Le rapport budgétaire de l’État ne retrace pas les engagements de remboursement liés à cet accord. La GOC, dont le site internet était encore hors service au moment de la validation, n’a publié aucune déclaration financière auditée sur cette transaction. L’ITIE qualifie la situation de lacune majeure au titre de l’Exigence 4.3 sur les prêts adossés aux ressources.
L’ITIE formule une recommandation rare
La portée macroéconomique du dossier est considérable. 40 000 barils par jour représentent une fraction significative de la production pétrolière nationale gabonaise, qui tourne autour de 200 000 barils/jour. Si ces volumes sont préengagés au remboursement d’un créancier privé international, ils échappent de facto au circuit ordinaire des recettes publiques — sans que le Parlement, la Cour des comptes ou les citoyens ne soient en mesure d’en évaluer l’impact réel sur les finances de l’État. Le FMI, dans son rapport de consultation au titre de l’Article IV publié en mai 2024, avait déjà sonné l’alarme sur la gouvernance des entreprises d’État pétrolières.
L’ITIE formule une recommandation rare dans son registre habituellement diplomatique : elle appelle explicitement Gunvor, en tant qu’entreprise « soutenant l’ITIE », à divulguer les informations complètes sur cet accord de financement. C’est une pression publique adressée à un trader privé que l’État gabonais ne semble pas pressé d’activer. La question demeure entière : au nom de quelle souveraineté pétrolière un gouvernement contracte-t-il un milliard de dollars de dettes adossées à sa propre production, sans en informer ses citoyens ?














