Gabon : le Togo (15,5%) devance la France et talonne la Chine au rang des fournisseurs au 4e trimestre 2025

Les statistiques du commerce extérieur gabonais pour 2025, compilées par la Direction générale de l’économie et de la politique fiscale (DGEPF) à partir des données douanières de la DGDDI, livrent un classement inattendu pour le quatrième trimestre. Le Togo s’est hissé à 15,5% des importations totales du Gabon sur la période, soit la deuxième place du podium, juste derrière la Chine à 14,8% et devant la France à 13,4%. Un bouleversement de premier ordre dans une carte des fournisseurs qui semblait, depuis des décennies, gravée dans le marbre des relations commerciales historiques du Gabon.

Ce résultat repose sur une progression de +380% des importations gabonaises en provenance du Togo au seul quatrième trimestre 2025. La performance est d’autant plus frappante que, sur l’ensemble de l’année, le bilan togolais reste négatif à -37,4%. Le 4e trimestre constitue donc un pic exceptionnel, non une tendance linéaire, ce qui invite à examiner de près la nature exacte de ces flux. Le port de Lomé, réputé pour sa profondeur et ses capacités logistiques en expansion, joue un rôle central dans cette équation : il n’est pas le producteur des marchandises transitant vers le Gabon, mais leur point de passage.

Ce que le Gabon importe du Togo, c’est en réalité ce que Lomé reçoit et redistribue depuis l’Europe, l’Asie et les Amériques. Le Togo agit en plateforme régionale de réexportation, un rôle que le port de Lomé s’est taillé au fil des investissements en capacité et en connexions maritimes régulières. Les marchandises y transitent, se reconditionnent parfois, puis repartent vers l’Afrique Centrale. Libreville, Port-Gentil et Owendo se retrouvent ainsi en position d’importateurs finaux d’un flux que d’autres ports organisent et facturent en amont.

La France, reléguée à la troisième place derrière un pays de transit ouest-africain, illustre une réalité commerciale que les discours sur le partenariat franco-gabonais occultent souvent. Ce n’est pas que les produits français disparaissent des rayons gabonais, c’est que les canaux par lesquels ils arrivent se diversifient et que Lomé capte une partie de la valeur logistique qui aurait pu revenir à des plateformes gabonaises ou régionales mieux positionnées. La question n’est pas symbolique : elle touche directement aux recettes portuaires, aux emplois de manutention et à la compétitivité des opérateurs locaux.

L’Allemagne, présente au troisième trimestre avec 1,9% du total, a quant à elle disparu du Top 10 au profit de la Turquie, revenue à 2,4% avec une hausse de +81,9% sur le seul trimestre. Cette rotation dans le classement confirme que la carte des fournisseurs du Gabon est plus volatile qu’elle ne le paraît, sensible aux arbitrages logistiques et aux flux de transit bien plus qu’aux seuls fondamentaux productifs des pays concernés. Pour les autorités gabonaises en charge de la politique commerciale, ces chiffres devraient alimenter une réflexion de fond sur la compétitivité des infrastructures portuaires nationales face aux hubs régionaux qui captent, structurellement, une partie croissante de la valeur des échanges.

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