Au lendemain de l’arrêt soudain de la commercialisation d’eau dans le Grand Libreville, le gouvernement gabonais a finalement communiqué. Par la voix du ministère de l’Accès universel à l’eau, un « état d’urgence hydrique » a été décrété ce mercredi 1er juillet, actant officiellement la gravité d’une crise qui couve depuis des années.
Le dispositif annoncé repose sur une série de mesures. D’abord l’arraisonnement des opérateurs impliqués dans le commerce illégal de l’eau (étrangers pour la plupart), puis le démantèlement des installations frauduleuses et des stockages irréguliers. Mais surtout, la distribution du précieux liquide est désormais assurée par les Forces de défense et de sécurité (FDS), via un numéro unique, le 18, qui servira de point de commande, en attendant l’ouverture de lignes supplémentaires. Les tarifs sont également plafonnés : 3 000 fcfa le m³, 600 fcfa le fût de 200 litres, 300 fcfa les livraisons de 100 litres, avec paiement à la livraison auprès des forces de défense et de sécurité.
Si la reprise en main de ce commerce par les pouvoirs publics réduit mécaniquement le prix de l’eau pour les ménages, en le divisant quasiment par trois, il n’en demeure pas moins qu’elle ne règle pas l’équation de fond. Plusieurs usagers rappellent que les opérateurs privés disposaient déjà de circuits éprouvés, d’une connaissance fine des quartiers et d’une capacité de réponse rapide. Ils plaident ainsi pour associer la force publique à un contrôle strict des livreurs privés, pour plus d’efficacité. Autrement dit, réguler la filière déjà en place plutôt que la remplacer entièrement par un dispositif militaire.
C’est l’avis d’Edgar Nziembi Doukaga, journaliste résidant dans un quartier sans eau, Montalier Terminus, pour qui le dispositif annoncé « révélera vite ses limites ». Les premières heures semblent lui donner raison. Le numéro 18, censé centraliser les demandes, est saturé. « Depuis 23 minutes, j’appelle… ça sonne occupé », témoigne-t-il, lui qui consomme 2 000 litres par semaine.
D’autres habitants confirment ce jeudi matin que la ligne est submergée , rendant la distribution quasi inaccessible. Les numéros supplémentaires promis par le ministère sont donc attendus avec impatience.
Une autre inquiétude émerge : la traçabilité des paiements effectués auprès des FDS. « Le client recevra-t-il un reçu ? Quelle destination pour les fonds collectés ? », interroge un autre observateur. La question, sensible, renvoie à la crainte d’une captation d’un marché devenu vital.
Au-delà, un constat s’impose : l’état d’urgence hydrique était nécessaire, mais il n’est pas suffisant. La solution durable reste la remise en état du service public de l’eau, avec des compteurs pour chaque demandeur, et de l’eau dans les robinets. Difficile de comprendre, en effet, qu’un pays comme le Gabon, doté de 800 km de côtes et d’une hydrographie parmi les plus riches du continent, en soit réduit à une distribution militarisée de l’eau, quand d’autres nations ont réussi à maîtriser des environnements bien plus arides.














