Baniaka : le Gabon négocie dans l’ombre pendant que Genmin cherche à vendre la majorité du projet

Du 18 au 21 juin, le Comité Technique de Concertation réunissait à Libreville représentants du ministère des Mines et dirigeants de REMINAC, filiale gabonaise du groupe australien Genmin. Le bilan public : des travaux préparatoires qui avancent, un bilan sécurité sans faute, un horizon 2027 confirmé. Ce que la communication officielle n’a pas dit : pendant que les deux parties se félicitaient à Libreville, Genmin était en train d’arbitrer entre quatre propositions de financement concurrentes pour son projet, dont l’une prévoit une cession de 51% du capital de Baniaka à une entité chinoise non identifiée, cotée à Shanghai. Autrement dit, le premier gisement de fer commercial du Gabon pourrait changer de mains à majorité avant d’avoir produit une tonne.

L’information ne vient pas d’une fuite. Elle figure dans les annonces officielles déposées par Genmin auprès de l’Australian Securities Exchange (ASX) en mai 2026. La société cotée à Sydney indique avoir reçu quatre offres distinctes et non sollicitées : un consortium du Moyen-Orient proposant de financer l’intégralité des 200 millions de dollars via une coentreprise. Une entité shanghaïenne réclamant une participation minimale de 51% au niveau de l’actif, assortie d’un apport en financement et en expertise technique. 

Un négociant mondial en matières premières avec un term sheet pour 50 millions de dollars en prépaiement d’offtake et un fonds spécialisé offrant 10 millions de dollars en financement relais. Ces propositions s’ajoutent à la lettre d’intention déjà signée en décembre 2025 avec le groupe chinois SHICO, qui se propose de couvrir 60% des besoins en capital. Le board de Genmin est en train de choisir. Nulle part dans le communiqué du CTC ne figure la mention de ces négociations parallèles.

La question ferroviaire, elle, a été évoquée publiquement mais de façon euphémisée. REMINAC parle de « capacités actuelles » et de « coût élevé du fret » comme de défis à résoudre. Le rapport trimestriel de Genmin pour le premier trimestre 2026, déposé le 30 avril à l’ASX, est plus précis : la finalisation de l’addendum à l’étude de faisabilité qui correspond au document qui doit arrêter les chiffres économiques définitifs du projet, est retardée précisément à cause des négociations en cours avec les prestataires ferroviaires et portuaires sur les tarifs et les capacités. 

En gros, le modèle économique de Baniaka n’est pas encore bouclé. La Décision Finale d’Investissement, préalable indispensable au lancement de la construction, n’a pas été prise. Ce que le CTC a validé, c’est l’avancement des travaux préparatoires, pas la viabilité financière définitive du projet. Ce séquençage soulève une question que le compte rendu officiel du CTC ne pose pas : à quel stade les autorités gabonaises entrent-elles dans la pièce sur la structure du capital ? 

La convention minière signée le 20 mars 2025 au Palais présidentiel encadre les obligations mutuelles de l’État et de REMINAC, mais elle a été conclue avec Genmin dans sa configuration actuelle. Une prise de contrôle à 51% par un tiers, quelle que soit sa nationalité, constitue un changement de contrôle au niveau de l’actif. Le droit minier gabonais, comme la plupart des codes miniers africains, prévoit des dispositions en pareille circonstance. La question n’est pas de savoir si Genmin a le droit de céder une partie de son projet, elle est de savoir si Libreville le sait, et avec quels leviers il entend peser sur l’issue.

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