Le 29 mai 2024, en marge du premier Forum économique Gabon-France à Paris, un protocole d’accord pour la modernisation des infrastructures de production et de distribution d’eau, signé entre Suez, Saint-Gobain PAM et la SEEG, est annoncé pour un montant de 118 milliards de fcfa sur cinq ans. Le chiffre figure dans la liste officielle des engagements du forum, relayée tant par le ministère de l’Économie gabonais que par la direction générale du Trésor français.
Dix mois plus tard, le 29 avril 2025, le contrat ferme signé entre la SEEG et Suez seul, sans mention de Saint-Gobain PAM dans le communiqué final, s’élève à 200 millions d’euros, soit plus de 131 milliards de fcfa. L’écart avec le protocole initial atteint 13 milliards de fcfa, soit une hausse de plus de 11 % entre l’intention politique affichée à Paris et l’engagement juridique effectivement signé.
Aucune communication officielle disponible n’explique cette différence ni n’identifie la ligne budgétaire ou le mécanisme de financement absorbant ces 13 milliards supplémentaires. Le contrat final précise simplement qu’il bénéficie du soutien de l’État français, qui facilitera l’établissement d’un prêt à taux compétitifs, sans détailler la répartition entre financement gabonais et financement extérieur, ni la part assumée par l’augmentation elle-même.
Cet écart se produit sur une entreprise placée sous administration provisoire pour crise financière huit mois avant la signature du contrat ferme, et dont le chiffre d’affaires annuel, selon Gabonmediatime, dépasse 230 milliards de fcfa. Une variation de 13 milliards sur un engagement à cinq ans n’est pas nécessairement anormale dans un projet d’infrastructure de cette ampleur, mais l’absence de toute explication publique tranche avec le discours de transparence budgétaire que le même gouvernement tient en parallèle pour justifier l’urgence d’un programme avec le FMI.
La question n’est donc pas seulement celle du montant, mais celle de la méthode : un protocole annoncé publiquement à 118 milliards devient, sans annonce intermédiaire ni communication sur l’écart, un contrat fixé à 131 milliards. Pour une entreprise sous administration provisoire et un Etat qui plaide la rigueur budgétaire ailleurs dans ses négociations internationales, ce silence sur treize milliards de francs CFA constitue, à minima, un défaut de pédagogie publique.














