Chaque déplacement a son agenda affiché. Et son agenda réel. Celui d’Abu Dhabi, la semaine dernière, ne fait pas exception. Officiellement, Brice Clotaire Oligui Nguema est allé « renforcer les relations de coopération » avec les Émirats arabes unis. Dans les couloirs de KEZAD Group, ce qu’on a négocié ressemble davantage à une prise de position sur l’échiquier logistique gabonais par un acteur qui n’y a jamais mis les pieds et c’est précisément pour cela qu’il a été invité.
Depuis août 2023, le chef de l’État gabonais applique une méthode dont la cohérence ne saute pas aux yeux dans l’instant, mais dont la lecture sur deux ans devient limpide : introduire de nouveaux entrants sur les secteurs où les mêmes noms reviennent depuis des décennies. Les mines, les ports, les infrastructures, partout où une poignée d’opérateurs captent la valeur sans véritable mise en concurrence, Libreville ouvre une porte à quelqu’un d’autre. Pas par idéologie. Par rapport de force.
Les Émirats n’ont pas d’histoire au Gabon. Pas de réseaux hérités, pas de dettes politiques accumulées, pas de nostalgie d’une époque où les contrats se signaient sans appel d’offres. Abu Dhabi Ports déploie son modèle sur la façade africaine avec une logique d’implantation froide et durable. Ce profil correspond exactement à ce que Libreville cherche pour casser certains monopoles de fait sans avoir à les affronter frontalement.
Paris observe. Sans filet évident depuis que le 30 août 2023 a rompu un équilibre qui tenait depuis l’indépendance. Pékin avance sur les minerais et les routes. Abu Dhabi arrive sur les ports. Dans ce redécoupage en sourdine, personne ne demande l’avis des acteurs en place. On leur présente des faits accomplis. La vraie inconnue n’est pas de savoir si cette recomposition est en cours. Elle l’est visiblement. C’est de savoir ce que Libreville concède en échange et si les nouvelles dépendances qui se nouent valent mieux que celles qu’on prétend défaire.














