BVMAC : 510 millions de capital supplémentaire face à 454 millions de pertes et 3 milliards d’impayés des États

La BVMAC vient de renforcer ses fonds propres de 509,9 millions de fcfa, portant son capital de 9,073 milliards à 9,583 milliards de fcfa. L’opération, approuvée le 7 mai 2026, comprend 320 millions apportés par huit nouvelles sociétés de Bourse et 189,9 millions souscrits par une vingtaine d’actionnaires historiques. Présentée comme une nouvelle étape dans l’élargissement de l’actionnariat de la place financière régionale, elle intervient surtout à un moment où les comptes de l’institution restent sous pression.

Le rapprochement des chiffres donne une autre dimension à l’opération. La BVMAC a perdu 454,5 millions de fcfa en 2025, après une perte de 322,2 millions un an plus tôt. Son chiffre d’affaires a certes progressé de 5,8 %, à 927,3 millions de fcfa, mais ses charges ont augmenté beaucoup plus rapidement, de 18,2 %, pour atteindre 1,33 milliard. L’excédent brut d’exploitation est ainsi ressorti négatif de 394,5 millions de fcfa. Les 509,9 millions injectés au capital représentent donc, à eux seuls, l’équivalent de 112 % de la perte enregistrée par la Bourse sur le dernier exercice.

La comparaison ne signifie pas que l’augmentation de capital a été décidée pour éponger cette perte : aucun document public consulté ne l’établit. Elle montre néanmoins l’étroitesse des marges financières de l’entreprise de marché. Plus significatif encore, la BVMAC fait état d’environ 3 milliards de fcfa de créances à recouvrer auprès des États de la CEMAC. Rapportée à ce montant, l’augmentation de capital représente à peine 17 %. Autrement dit, le recouvrement intégral de ces créances apporterait à la Bourse près de six fois le montant de l’effort consenti cette année par ses nouveaux et anciens actionnaires.

Le problème est d’autant plus structurel que la BVMAC doit encore atteindre une taille suffisante pour rentabiliser son infrastructure. Son directeur général, Louis Banga Ntolo, a estimé qu’un marché approchant 1 000 milliards de fcfa de capitalisation actions et 1 800 à 2 000 milliards d’encours obligataire permettrait de mieux équilibrer son compte d’exploitation. Or, au 19 août 2026, la cote représentait environ 1 802 milliards de fcfa au total, dont 1 226,6 milliards pour les obligations et environ 576 milliards pour les actions. Le chemin parcouru est réel, mais les deux compartiments restent encore sous les ordres de grandeur jugés nécessaires à une meilleure viabilité économique.

C’est donc moins le passage de 9,073 à 9,583 milliards de fcfa de capital qui déterminera l’avenir de la BVMAC que sa capacité à changer d’échelle. La Bourse doit attirer davantage d’entreprises, accroître les volumes échangés, développer son marché obligataire secondaire et, parallèlement, récupérer les sommes que lui doivent les États. L’équation est révélatrice : les actionnaires viennent d’apporter 510 millions de fcfa à une institution qui a perdu 454 millions en un an et attend encore 3 milliards de ses débiteurs publics. Pour la place financière commune aux six pays de la CEMAC, la recapitalisation offre un renfort ; elle ne règle pas encore la question centrale de son modèle économique.

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