Le marché africain du crédit privé accélère. Les actifs sous gestion dans ce segment sont passés de 1,8 milliard de dollars en 2020 à 5,6 milliards fin 2025, selon une analyse de Moody’s. En cinq ans, le montant a donc été multiplié par plus de trois, illustrant l’intérêt croissant des investisseurs pour les solutions de financement alternatives sur le continent. Cette progression intervient alors que les économies africaines continuent de faire face à des besoins importants de capitaux, notamment pour financer les infrastructures et le développement du secteur privé.
Cette dynamique répond d’abord à un déficit structurel de financement. Les entreprises africaines, en particulier celles de taille intermédiaire et les petites entreprises, rencontrent encore des difficultés à obtenir des financements adaptés à leurs besoins et à leurs horizons d’investissement. Les infrastructures sont également concernées, avec des projets nécessitant des capitaux importants sur de longues périodes. Dans ce contexte, les fonds de crédit privé peuvent intervenir là où les banques traditionnelles disposent de capacités limitées ou privilégient des maturités plus courtes.
La progression reste toutefois à relativiser à l’échelle mondiale. Avec 5,6 milliards de dollars d’actifs sous gestion, l’Afrique ne représente que 0,3 % d’un marché mondial du crédit privé évalué à au moins 1 800 milliards de dollars. Le contraste souligne à la fois le retard du continent et son potentiel de croissance. Le développement de ce marché dépendra néanmoins de la capacité des investisseurs à intégrer les risques de change, de liquidité, de gouvernance et de stabilité macroéconomique propres à plusieurs marchés africains.
Les institutions financières de développement devraient continuer à jouer un rôle déterminant dans cette évolution. Leur intervention, à travers le financement mixte, les garanties ou les mécanismes de rehaussement de crédit, permet de réduire le risque supporté par les investisseurs privés. Cette présence peut également faciliter la mobilisation de capitaux supplémentaires vers des secteurs considérés comme prioritaires. Le crédit privé devrait ainsi se développer davantage en complément des banques et des institutions publiques qu’en remplacement de ces acteurs.
Pour les investisseurs, l’enjeu est désormais de transformer cette croissance rapide en marché durable. L’augmentation des montants sous gestion ne suffira pas à elle seule à convaincre les grands apporteurs de capitaux. Le secteur devra démontrer sa capacité à générer des rendements réguliers dans des environnements où les risques restent élevés. Cette exigence est d’autant plus importante que les performances historiques contrastées du capital-investissement africain incitent les investisseurs à examiner avec prudence les nouvelles opportunités.
Le potentiel demeure pourtant considérable. La capitalisation des marchés boursiers africains représentait environ 33 % du PIB en 2024, contre 61 % dans les économies émergentes et 113 % à l’échelle mondiale, selon les données citées par Moody’s. Cette faible profondeur des marchés de capitaux laisse une place importante aux solutions de financement privées. À mesure que les besoins des entreprises et des infrastructures augmentent, le crédit privé pourrait donc progressivement s’imposer comme l’un des nouveaux canaux de financement de la croissance africaine.













