Le paysage gabonais des mécanismes de garantie s’est densifié en quelques années. Outre le nouveau fonds AGR de 200 millions de fcfa, on recense la Société de Garantie du Gabon, sa filiale d’investissement Okoumé Capital, le Fonds de Solidarité Africain partenaire de la SGG, et des conventions bilatérales comme celle liant la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat, Épargne et Développement du Gabon et Assala Gabon à Gamba. Chaque annonce s’accompagne de son propre communiqué, de son propre chiffre, de sa propre cible de bénéficiaires.
Le chiffre le plus souvent mis en avant reste celui de la SGG, 12,6 milliards de fcfa de garanties ayant permis de lever plus de 22,6 milliards de financements globaux au profit de 288 PME et PMI, avec 3 575 emplois créés. C’est un chiffre agrégé, communiqué en amont, jamais désagrégé publiquement par cohorte, secteur ou taux de survie à deux ou trois ans. Aucun rapport public ne permet de savoir combien de ces 288 entreprises sont encore actives aujourd’hui.
Cette opacité n’est pas propre au Gabon, mais elle prend une dimension particulière dans un pays où l’historique des aides aux Activités Génératrices de Revenus est justement marqué par des échecs répétés, projets sans plan d’affaires sérieux, absence de suivi post-décaissement, perception des crédits publics comme des dons non remboursables. Sans données de suivi consolidées et publiques, impossible de savoir si les nouveaux mécanismes de garantie corrigent réellement ces travers ou s’ils reproduisent la même mécanique sous une architecture financière plus sophistiquée.
Quiconque évaluerait aujourd’hui le système gabonais de garantie de crédit aux PME buterait sur cette même limite, la multiplication des véhicules financiers ne s’accompagne pas d’une infrastructure de mesure d’impact comparable. C’est un angle qui dépasse le seul cas gabonais, il interroge la maturité de l’écosystème de financement à l’entrepreneuriat dans l’ensemble de la zone CEMAC. La question n’est donc pas de savoir si le Gabon dispose de suffisamment de fonds de garantie, la réponse est clairement oui, mais s’il dispose des outils statistiques pour établir lequel de ces mécanismes fonctionne réellement. Tant que cette évaluation indépendante fera défaut, chaque nouvelle annonce de fonds continuera d’être jugée sur ses intentions plutôt que sur ses résultats.













