En deux mois, plus de 900 000 alertes d’intrusion ont été détectées au Gabon. Derrière cette vague inédite, les autorités appellent à la vigilance, tandis que plusieurs observateurs pointent l’usage massif des VPN gratuits depuis la suspension des réseaux sociaux en février 2026.
Le chiffre a de quoi inquiéter. Plus de 900 000 alertes d’intrusion ont été enregistrées en deux mois au Gabon, dont plusieurs jugées critiques. Face à cette recrudescence d’attaques visant administrations, entreprises et infrastructures essentielles, le gouvernement a durci le ton. Le 7 septembre 2026, sur le plateau du journal télévisé de Gabon 1er, le ministre de l’Économie numérique, Mark‑Aurélien Doumba, a tenté de rassurer l’opinion tout en appelant chaque citoyen à la responsabilité.
Le ministre a assuré que les services compétents de l’État restent « pleinement mobilisés » pour contenir la menace. Il a exhorté administrations, entreprises et particuliers à redoubler de prudence face aux courriels inhabituels, liens suspects, pièces jointes d’expéditeurs inconnus ou demandes de mots de passe. Une manière, selon lui, de passer d’une logique réactive à une logique préventive, en identifiant les vulnérabilités avant qu’elles ne soient exploitées.
Ce que la communication gouvernementale n’a pas évoqué, en revanche, c’est l’origine possible de cette flambée de cyberattaques. Un silence qui nourrit les analyses de plusieurs observateurs, dont le l’ingénieur électronique Steven Obame. Pour lui, comme beaucoup d’autres, l’explication est presque mécanique : l’usage massif et prolongé des VPN, surtout les gratuits, par les Gabonais pour continuer à accéder aux réseaux sociaux, suspendus depuis sept mois. Une pratique largement répandue, qui aurait ouvert une porte dérobée numérique à grande échelle.
Le talon d’Achille des VPN gratuits
Sur le plan technique, l’hypothèse n’a rien d’absurde. Les spécialistes rappellent qu’un VPN gratuit repose rarement sur un modèle économique transparent. Quand le produit est gratuit, c’est souvent l’utilisateur et/ou ses données qui deviennent le produit, a-t-on coutume de dire dans ce secteur. À l’évidence, plusieurs risques sont documentés quant à l’utilisation des VPN. D’abord la monétisation des données de navigation, revendues à des tiers faute d’autres revenus ; la présence de logiciels malveillants capables d’aspirer mots de passe et données bancaires ; l’absence de protections techniques de base, entraînant des fuites d’adresse IP sans que l’utilisateur ne s’en aperçoive. Multipliées par des dizaines de milliers de nouveaux utilisateurs peu formés aux bons réflexes numériques, ces failles dessinent un terrain propice à des intrusions massives.
Un spécialiste résume sans détour : « Tant que le gouvernement communique sur les symptômes sans évoquer le rôle possible des VPN de contournement, la réponse restera partielle. Pour ne pas dire faible. Un diagnostic clair permettrait de cibler la sensibilisation là où le risque est réellement concentré. »
La suspension des réseaux sociaux au Gabon a été annoncée le 17 février 2026 par la Haute Autorité de la communication (HAC), qui dénonçait la diffusion « récurrente » de contenus jugés inappropriés, diffamatoires, haineux ou injurieux. Malgré l’adoption, depuis lors, d’une loi encadrant l’usage des réseaux sociaux, la mesure demeure en vigueur. Et ses effets collatéraux, eux, semblent prendre de l’ampleur. Dès lors, une question cruciale se pose : le gouvernement est-il aveugle ou incompétent ?













