La Cour des Comptes gabonaise a levé une partie du voile sur les dérives de fonctionnement de la CNAMGS, avec près de 120 000 faux bénéficiaires inscrits au Fonds des Gabonais économiquement faibles (GEF), et un système d’évacuations sanitaires marqué par une absence de traçabilité. Des dysfonctionnements qui fragilisent la solvabilité d’un dispositif pourtant essentiel pour l’accès aux soins.
Le 2 septembre 2026, la Cour des Comptes n’a pas seulement révélé 1 700 milliards de fcfa de débets et amendes dus par environ 600 personnes morales et physiques, sommées de rembourser sous un mois. Dans la masse de dysfonctionnements relevés dans son rapport, figure également le dossier de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), et plus précisément celui du Fonds 3, dédié aux Gabonais économiquement faibles (GEF).
Selon la Cour des Comptes, 120 000 personnes inscrites y sont en trop. Des citoyens autrefois économiquement faibles mais désormais salariés, aux travailleurs indépendants loin d’être besogneux.
Une proportion significative, sur environ un million de personnes recensées comme économiquement faibles, dont près de 900 000 sont effectivement prises en charge. Pour Alex Euv Moutsiangou, premier président de la juridiction, ce fichier doit être « nettoyé » sans délai afin de garantir une prise en charge juste et de réduire les dépenses inutiles.
Pour bien comprendre le malaise, il faut savoir que contrairement aux Fonds 1 et 2, alimentés par les cotisations des salariés du privé et du public, ou au Fonds 4, lancé en juillet dernier et destiné aux travailleurs indépendants, le Fonds des GEF ne repose sur aucune contribution directe de ses bénéficiaires. Son financement provient principalement de prélèvements sur les opérateurs de téléphonie mobile et sur les transferts de fonds vers l’étranger. L’État y ajoute des dotations budgétaires, dont 9 milliards de fcfa pour les prestations familiales. La Cour appelle à des mécanismes plus efficaces pour assurer la pérennité de ce fonds GEF.
Les évacuations sanitaires, un trou noir financier
L’autre volet préoccupant du rapport concerne les évacuations sanitaires à l’étranger. La Cour pointe une opacité quasi totale des dépenses engagées. Certaines factures de prestataires étrangers ne permettant pas d’établir clairement les soins réellement dispensés. « La CNAMGS, en réalité, ne sait pas ce qu’elle paye », résume Alex Euv Moutsiangou.
Cette absence de traçabilité a généré une accumulation d’impayés de plusieurs milliards de fcfa, indique le rapport. Un audit interne portant sur la période 2011-2015 évaluait déjà le coût total des évacuations à 15,9 milliards de fcfa pour 1 484 assurés, soit un coût moyen de 10,7 millions de fcfa par patient. Pour reprendre le contrôle, la Cour des comptes recommande que la CNAMGS contracte directement avec les établissements hospitaliers étrangers.
Un impératif d’assainissement pour la survie du système
La CNAMGS demeure l’outil majeur de solidarité sociale au Gabon, mais la mauvaise gouvernance financière, les retards de paiement des partenaires et le mésusage des fonds ont souvent conduit à des crises graves, allant des grèves du personnel médical aux interruptions de prise en charge dans les pharmacies. L’assainissement apparaît désormais indispensable pour cette Caisse, d’ailleurs sous-financée, au regard de son ratio actuel de 600 000 cotisants pour 1,2 million de bénéficiaires.













