Gabon : l’État cherche des milliards sur les marchés pendant que 1 700 milliards de fcfa restent à recouvrer

D’un côté, le Gabon sollicite régulièrement les investisseurs pour financer son budget et refinancer sa dette. De l’autre, la Cour des comptes fait apparaître 1 700 milliards de fcfa de débets et d’amendes à restituer à l’État. Deux réalités qui ne relèvent pas des mêmes mécanismes, mais dont la juxtaposition illustre l’une des tensions des finances publiques gabonaises : pendant que le Trésor doit trouver de nouvelles ressources, des sommes considérables prononcées par la justice financière restent à recouvrer.

La comparaison prend une autre dimension sur le marché des titres publics de la CEMAC. À fin juillet 2026, l’encours des titres gabonais atteignait 3 424,1 milliards de fcfa, soit 32,4 % des 10 560,8 milliards en circulation dans la région, faisant du pays le premier émetteur souverain du marché. Les 1 700 milliards annoncés par la Cour représentent ainsi près de la moitié de cet encours. Ils ne peuvent évidemment pas être assimilés à 1 700 milliards de liquidités disponibles, mais leur ampleur donne une idée de ce que représente le recouvrement pour un État devenu fortement dépendant des marchés.

Cette dépendance a désormais un prix. En juillet, le coût moyen des obligations du Trésor assimilables gabonaises atteignait 10,13 %, contre 7,35 % un an auparavant, tandis que leur taux de souscription ressortait à 61,27 %. Autrement dit, Libreville doit non seulement lever beaucoup, mais aussi rémunérer davantage les investisseurs pour attirer leur argent. Chaque ressource récupérée en dehors du recours à l’endettement prend donc une importance particulière dans l’équation budgétaire.

C’est ce qui donne aux 1 700 milliards de fcfa une portée dépassant le seul bilan de la Cour des comptes. Le parquet général doit désormais assurer le suivi du recouvrement des débets et amendes prononcés. Mais une inconnue demeure : la Cour n’a pas précisé quelle proportion de cette somme a déjà été récupérée, ni quelle part peut effectivement l’être à court ou moyen terme. Le montant nominal impressionne ; son véritable poids pour les finances publiques dépendra de ce qui arrivera réellement dans les caisses du Trésor.

Pour Libreville, les deux compteurs vont donc évoluer en parallèle. L’un mesure les milliards empruntés et le coût croissant de leur financement ; l’autre, les sommes que l’administration parvient à récupérer après les décisions de la justice financière. Réduire le premier grâce au second serait tentant sur le papier, mais rien ne permet encore d’établir qu’un tel effet sera significatif. Dans une période où chaque milliard emprunté coûte plus cher, la capacité à récupérer ceux qui sont dus à l’État devient néanmoins un enjeu financier à part entière.

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