Le premier créancier du Gabon sur le marché régional n’est pas seulement à Libreville. Il peut être à Douala, Yaoundé, Brazzaville ou N’Djamena. À fin juillet 2026, l’encours des titres publics gabonais atteignait 3 424,1 milliards de fcfa, le plus important de la CEMAC, devant le Congo avec 3 040,8 milliards et le Cameroun avec 2 061,3 milliards. Le Gabon représente ainsi à lui seul 32,4 % des 10 560,8 milliards de fcfa de valeurs du Trésor en circulation dans la sous-région. Une première place qui raconte autant la montée des besoins de financement de Libreville que la profondeur acquise par le marché régional.
Mais derrière ce record apparaît une autre réalité : le marché gabonais ne suffirait pas, à lui seul, à porter un tel encours. Les investisseurs établis au Gabon détenaient 1 495,2 milliards de fcfa de titres émis par leur propre Trésor à fin juillet. Cela représente 43,7 % du total. En ajoutant les 25,5 milliards détenus par la BEAC, il reste environ 1 903 milliards de fcfa, soit près de 56 %, placés auprès d’investisseurs établis dans les cinq autres pays de la CEMAC. La dette régionale du Gabon est donc, dans une large mesure, devenue une affaire régionale.
Le Cameroun occupe une place particulière dans cette géographie. Les investisseurs qui y sont établis détiennent à eux seuls 1 171,8 milliards de fcfa de titres gabonais, soit 34,2 % de l’encours. Le Congo en porte 277,2 milliards, le Tchad 288,4 milliards, la Guinée équatoriale 122,6 milliards et la Centrafrique 43,5 milliards. Autrement dit, derrière les adjudications organisées par la BEAC s’est constitué un réseau dans lequel l’épargne disponible dans un pays peut financer directement le Trésor d’un autre.
Cette ouverture a permis à Libreville de changer rapidement de dimension. En juillet 2021, l’encours gabonais n’était encore que de 1 086,7 milliards de fcfa. Cinq ans plus tard, il a plus que triplé. Sur les douze derniers mois seulement, il est passé de 2 624,5 milliards à 3 424,1 milliards, soit près de 800 milliards supplémentaires. La comparaison porte ici sur le stock de titres en circulation et non sur le montant brut effectivement levé durant la période. La BEAC confirme par ailleurs que le Gabon demeure le premier émetteur régional à fin juillet.
La réussite relative énoncée place cependant le Trésor devant une nouvelle contrainte. Plus Libreville emprunte sur le marché régional, plus il dépend de la volonté d’investisseurs situés au-delà de ses frontières de continuer à acheter ses titres, de les renouveler et d’accepter les conditions proposées. Le marché CEMAC a donné au Gabon une capacité de financement que son seul marché domestique aurait difficilement pu fournir. Avec 3 424 milliards de fcfa en circulation, conserver cette profondeur devient désormais presque aussi important que parvenir à lever de nouveaux fonds.













