Gabon : du Sénat à Bélinga, la chinoise CCECC veut changer de dimension à Libreville

La rénovation du siège du Sénat pourrait n’être qu’une première étape. Déjà présente au Gabon à travers les travaux du palais Omar-Bongo-Ondimba, la China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC) cherche désormais à élargir considérablement son terrain de jeu. Reçue par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, l’entreprise chinoise a présenté ses capacités dans les infrastructures et exploré avec l’exécutif plusieurs pistes de coopération. Routes, chemin de fer, transport des minerais : derrière cette audience se dessine surtout la volonté de CCECC de passer d’un chantier institutionnel à des projets autrement plus structurants pour l’économie gabonaise.

Le groupe dispose déjà d’une première carte de visite à Libreville. Les travaux de rénovation du palais Omar-Bongo-Ondimba, qui abrite le Sénat, sont en phase de finition. Mais CCECC veut désormais capitaliser sur cette présence pour accéder à un portefeuille beaucoup plus large. Sa démarche prolonge les contacts établis avec les autorités gabonaises en Australie, en marge du Forum de Boao. Surtout, elle doit se poursuivre auprès des ministères des Transports, des Travaux publics, de l’Énergie et des Mines. Autrement dit, l’entreprise ne vient plus seulement exécuter un contrat : elle prospecte les secteurs dans lesquels se concentrera une partie des grands investissements publics et miniers des prochaines années.

Bélinga donne une tout autre dimension à cette stratégie. Le développement à grande échelle du gisement de fer du nord-est du pays pose une équation qui dépasse largement la mine elle-même : il faudra notamment disposer de capacités de transport suffisamment importantes pour évacuer le minerai. C’est précisément sur ce terrain que CCECC cherche à faire valoir son expérience ferroviaire acquise dans plusieurs pays africains. Le groupe n’a, à ce stade, obtenu aucun marché lié à Bélinga, mais le fait que le projet ait occupé une place dans les discussions avec le gouvernement montre clairement où se situent ses ambitions.

L’intérêt de CCECC intervient surtout au moment où Libreville cherche à accélérer ses investissements. Le gouvernement inscrit les infrastructures, l’énergie et le développement de nouveaux moteurs de croissance parmi les priorités de sa programmation économique. Cette semaine encore, Hermann Immongault a demandé, lors d’une réunion avec la Banque mondiale, une accélération de l’exécution des projets publics, estimant que l’État était soumis à une « dictature de l’urgence », tout en exigeant davantage de méthode dans la dépense. Pour les grandes entreprises de construction capables d’associer ingénierie, expérience internationale et éventuellement accès à des solutions de financement, le nouveau cycle d’investissements gabonais représente donc un marché à conquérir.

Pour CCECC, l’enjeu consiste maintenant à convertir cette prospection en contrats. Le passage du palais du Sénat aux routes, au rail ou aux infrastructures nécessaires à l’exploitation minière ferait changer l’entreprise de catégorie au Gabon, tant par la taille que par la portée économique des projets concernés. Pour Libreville, l’intérêt manifesté par le groupe chinois élargit aussi le nombre de partenaires susceptibles de participer aux grands chantiers annoncés. Le Sénat aura ainsi servi de vitrine ; Bélinga et les infrastructures du pays constituent désormais le véritable objectif.

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