CEMAC : Gabon et Congo préparent des plans à plusieurs milliards, mais pas la même stratégie pour les financer

À Libreville comme à Brazzaville, les prochaines années s’annoncent chargées en grands projets. Le Gabon dispose désormais de son Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, tandis que le Congo prépare son PND 2027-2032. Routes, énergie, chemin de fer, mines, industrie ou infrastructures urbaines : les deux voisins veulent accélérer l’investissement pour transformer leurs économies. Mais une fois les projets alignés, reste la question la plus difficile : trouver les capitaux nécessaires sans faire reposer toute la facture sur les finances publiques.

Au Gabon, l’ordre de grandeur est déjà connu. Le PNCD représente environ 27 000 milliards de FCFA d’investissements sur cinq ans, avec une place particulièrement importante accordée aux capitaux privés : quelque 18 000 milliards de FCFA, soit près des deux tiers du besoin total, sont attendus du secteur privé. Libreville cherche également à mobiliser les banques de développement et les investisseurs internationaux. La Banque islamique de développement a notamment engagé des discussions avec le Commissariat général au Plan pour renforcer son portefeuille dans le pays. Plus récemment, le Forum national de l’épargne pour le développement, organisé début septembre, a placé la mobilisation des ressources nationales au cœur du financement du PNCD.

À Brazzaville, le schéma est moins avancé. Le PND 2027-2032 est encore en cours d’élaboration et son enveloppe globale n’a pas encore été rendue publique. Mais plusieurs projets appelés à l’alimenter sont déjà identifiés : réhabilitation du Chemin de fer Congo-Océan, corridor 13, extension du Viaduc Nord, usine de transformation de potasse en engrais ou encore infrastructures aéronautiques. Denis Sassou Nguesso a demandé que ces projets figurent « de façon claire et précise » dans le futur PND et que le budget 2027 commence à traduire les engagements du nouveau mandat en réalisations concrètes.

Le Congo commence surtout à chercher comment payer cette nouvelle vague de projets. Avec la Chine, Brazzaville veut expérimenter un mécanisme baptisé « investir-construire-exploiter », dans le cadre d’un portefeuille immédiat de six projets structurants. Le pays a également obtenu un accord de principe pour rejoindre la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB). Le Gabon pousse, lui, beaucoup plus explicitement la mobilisation du secteur privé et de l’épargne nationale, tout en multipliant les discussions avec les bailleurs internationaux. Deux approches qui ne sont pas exclusives l’une de l’autre, mais qui montrent que Libreville et Brazzaville ne partent pas du même point dans la construction financière de leurs plans.

Le véritable test commencera avec l’exécution. Au Gabon, il faudra parvenir à attirer les 18 000 milliards de FCFA de capitaux privés attendus pour transformer un plan à 27 000 milliards en chantiers effectifs. Au Congo, la première étape sera de chiffrer le PND 2027-2032 et de préciser qui financera les projets déjà identifiés, à quelles conditions et selon quel calendrier. Dans les deux pays, la planification revient ainsi au premier plan. Mais la réussite se mesurera moins au nombre de projets inscrits dans les documents qu’à la capacité de Libreville et Brazzaville à réunir les milliards nécessaires pour les réaliser.

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