La théorie classique de la malédiction des ressources naturelles décrit un pays riche en matières premières mais pénalisé par la volatilité budgétaire, la surévaluation de sa monnaie réelle et une gouvernance publique affaiblie par la rente. Le cas gabonais illustre une extension moins souvent documentée de cette théorie, celle qui touche directement la structure de l’emploi.
Le Gabon affiche une croissance de 2,5% en 2025 et revendique près de 22 000 emplois créés dans le secteur privé depuis 2023, tout en maintenant un taux de chômage de 20,2%, cinquième plus élevé du continent africain selon les estimations conjointes de l’Organisation Internationale du Travail et de la Banque mondiale. Cette coexistence n’est pas un paradoxe statistique, elle est la conséquence directe d’une économie où le pétrole représente 50% du PIB et 70% des recettes d’exportation, deux secteurs, pétrole et mines, structurellement peu intensifs en main-d’œuvre.
La comparaison régionale renforce cette lecture. Le Congo-Brazzaville, autre économie pétrolière de la zone CEMAC, affiche un taux de chômage de 19,9%, quasiment identique à celui du Gabon, quand des économies moins dépendantes des hydrocarbures comme le Ghana affichent un taux de 3%. Ce différentiel n’est pas le fruit du hasard, il reflète la capacité d’absorption de main-d’œuvre très inégale entre économies diversifiées et économies extractives.
Le secteur manganèse, sur lequel le Gabon mise pour sa diversification post-pétrolière via le protocole Eramet-Comilog et l’objectif de transformation locale avant l’interdiction d’exportation de minerai brut prévue pour 2029, reproduit potentiellement la même logique capitalistique. La transformation industrielle du manganèse nécessite des investissements lourds en infrastructure et en automatisation, sans garantie que les emplois créés compensent, en volume, ceux perdus dans l’extraction brute à faible valeur ajoutée mais plus intensive en main-d’œuvre locale.
Pour un pays qui ambitionne de sortir du statut de rentier pétrolier, la vraie question n’est donc pas seulement de diversifier les sources de revenus de l’État, mais de s’assurer que cette diversification se fasse vers des secteurs qui créent proportionnellement plus d’emplois que ceux qu’ils remplacent. Sans cette condition, le Gabon pourrait remplacer une rente pétrolière par une rente minière, sans résoudre le problème structurel de l’emploi qui pèse sur sa jeunesse.













