À Libreville, la convocation du directeur de publication et du rédacteur en chef de Dépêches 241 par la Direction générale des recherches ravive un malaise juridique, des années après la dépénalisation du délit de presse au Gabon.
Le groupe médiatique Dépêches Gabon a surpris en informant l’opinion nationale et internationale de la convocation, ce mercredi 14 juillet, de son directeur de la Publication, Pharell Boukika, ainsi que de son rédacteur en chef, Fabien Bibang, par la Direction générale des recherches (DGR), pour un « entretien privé ». Le média ne précise pas la raison de cette convocation, mais laisse penser qu’elle fait suite à un article publié sur son site.
Toute chose qui rend la convocation encore plus étonnante. Car sur le papier, la DGR n’a rien à voir avec le droit de la presse. Sa vocation, historiquement, est de traquer le grand banditisme, de mener les enquêtes judiciaires sensibles et de veiller à la sûreté de l’État. En somme, une unité taillée pour la criminalité lourde, pas pour les lignes éditoriales.
Tout en indiquant sa disposition à se rendre à cet « entretien privé », le Groupe médiatique a pris soin de rappeler ce cadre légal avec pédagogie : « Le Groupe tient à rappeler que le délit de presse est dépénalisé en République gabonaise. En conséquence, tout différend lié à l’exercice de la profession de journaliste est régi par les dispositions légales en vigueur. À cet égard, la Haute Autorité de la Communication (HAC), autorité administrative indépendante chargée de la régulation des médias et de la communication, demeure l’institution compétente pour connaître des questions relevant du droit de la presse », précise le communiqué.
Faut-il y voir une bavure ? La question mérite d’être posée sans céder à la dramatisation. D’abord parce que la forme choisie, un entretien, et non une interpellation, tranche avec des précédents plus rugueux dans la profession. Ensuite parce que rien n’indique, à ce stade, une volonté délibérée de contourner la loi.
Mais la symbolique reste lourde. Convoquer des journalistes devant une structure vouée à la grande criminalité, même sans intention répressive affichée, revient à faire peser sur l’exercice du journalisme une ombre que le droit gabonais a précisément cherché à dissiper, via l’Ordonnance n°00000012/PR/2018 du 23 février 2018, et la loi N°019/2016 du 09 août 2016 portant Code de la Communication en République Gabonaise.
La balle est désormais dans le camp de la DGR pour clarifier la procédure, réorienter éventuellement le dossier vers l’instance compétente, la HAC, et envoyer ainsi le bon signal pour la démocratie gabonaise.














