En instruisant un audit complet des exonérations fiscales et douanières, le Chef de l’État reconnaît que certaines de ces exonérations continuent de priver l’État de ressources après leur échéance. Cette formulation officielle équivaut à admettre qu’un dispositif de perte fiscale a perduré sans contrôle, potentiellement pendant plusieurs exercices budgétaires consécutifs. Le communiqué ne précise ni la durée de cette situation, ni les administrations ou secteurs concernés, ni l’ordre de grandeur des sommes en jeu.
Cette absence de données est en elle-même une information : elle signifie qu’à ce jour, l’État gabonais ne disposait pas d’un état des lieux exhaustif et à jour de ses propres dispositifs d’exonération, dans un contexte où le budget général recule pourtant de 771,5 milliards de fcfa (-17%) par rapport à la loi de finances initiale. Le PLFR 2026 confirme, texte à l’appui, cette hypothèse. Son article 55 précise que les approbations qu’il contient « ne valent ni approbation globale des marchés concernés, ni validation des irrégularités éventuelles relatives à leur passation, leur approbation, leur financement, leur engagement, leur imputation budgétaire, leur ordonnancement, leur paiement ou leur exécution physique. »
Une clause de cette nature, insérée dans une loi qui régularise pourtant 20 conventions distinctes pour un total non consolidé dans le texte, admet implicitement que des irrégularités ont pu accompagner l’octroi de certains de ces avantages. Le cas de la redevance passager aérien R4 illustre concrètement l’ampleur du problème, chiffres à l’appui. La grille tarifaire fixe cette redevance jusqu’à 49 200 fcfa par passager sur les vols internationaux longue distance et 6 560 fcfa sur les vols intérieurs, une recette budgétée à 15,49 milliards de fcfa pour 2026, en recul de 929,2 millions de fcfa (-6%) par rapport à la LFI.
Or l’article 44 du PLFR ordonne un « état contradictoire de régularisation » portant sur l’ensemble des opérations de collecte et de reversement de cette même redevance intervenues avant l’entrée en vigueur du nouveau cadre légal, incluant explicitement « les montants directement perçus ou retenus par le concessionnaire » et les « sommes à régulariser ». Une part de cette recette, perçue directement par un concessionnaire privé pendant des années, n’a donc jamais fait l’objet d’un contrôle budgétaire abouti avant ce texte.
Le moment choisi pour l’annonce présidentielle mérite également d’être relevé. Elle intervient alors que le Gabon prépare un eurobond de 857,9 milliards de fcfa sur le marché international, soit 38% de son besoin de financement total de 915,6 milliards de fcfa pour 2026. Un audit des exonérations, dans ce calendrier, peut se lire comme un geste destiné à rassurer les partenaires financiers autant que comme une réforme de gestion interne, d’autant que le PLFR prévoit par ailleurs la domiciliation forcée à l’Agence Bancaire du Trésor des recettes fiscales et non fiscales dues par les groupes ARISE et A2MP, un mécanisme de sécurisation qui n’existe nulle part ailleurs dans le texte. Reste à savoir si l’audit annoncé ira jusqu’à la publication de ses conclusions chiffrées, ou s’il restera, comme d’autres exercices similaires par le passé, un outil de pilotage interne sans restitution publique.














