Le PLFR 2026 dessine un paradoxe budgétaire frappant. D’un côté, l’État gabonais réduit drastiquement sa capacité d’investissement, avec un Titre 5 en recul de 968,1 milliards de fcfa (-45%), et un financement intérieur des projets d’investissement quasiment divisé par deux, de 2 000,3 à 1 046,5 milliards de fcfa. De l’autre, le même texte multiplie les régimes d’exonération et d’abattement fiscal au bénéfice de grands contractants étrangers, sans qu’aucun chiffrage global de leur coût ne soit présenté au Parlement.
Le besoin de financement de l’État atteint 915,6 milliards de fcfa pour cet exercice, comblé notamment par un eurobond de 857,9 milliards de fcfa sur le marché financier international, soit à lui seul 38% du besoin total. (PLFR 2026, article 79 ; tableau détaillé des tirages sur financements) Les émissions de titres publics bondissent par ailleurs de 167% par rapport à la loi de finances initiale, un recours accru aux marchés qui traduit la difficulté de l’État à financer ses priorités par ses seules ressources propres.
Dans ce contexte de tension budgétaire assumée, le texte accorde pourtant un abattement de 75% sur trois marchés confiés à SUMMA INSAT TICARET A.S. (siège ONU, Cité gouvernementale, échangeur Route Protocole), une exonération fiscale et douanière complète à Karpowership Global DMCC sur son contrat électrique de 150 MW, ainsi qu’un régime d’exonération totale d’impôt sur les sociétés à Nouvelle Gabon Mining sur ses deux concessions manganèse. Autant de largesses fiscales qui interviennent alors même que les recettes fiscales globales chutent de 617,1 milliards de fcfa (-25%) sur ce seul exercice.
Cette générosité envers les multinationales et grands contractants étrangers coexiste avec un recouvrement fiscal de plus en plus strict sur le terrain à l’égard des petits opérateurs économiques locaux, dans un contexte où le Président Oligui Nguema a lui-même instruit un audit complet des exonérations fiscales et douanières, reconnaissant que certaines d’entre elles privent l’État de ressources substantielles sans justification actualisée. Le PLFR 2026, voté quelques semaines avant cette annonce présidentielle, ne semble pourtant pas avoir anticipé ce resserrement, puisqu’il continue d’accorder de nouveaux avantages fiscaux d’ampleur à des opérateurs internationaux.
L’équation budgétaire posée par ce texte interroge donc frontalement : comment un État qui doit emprunter 857,9 milliards de fcfa sur les marchés internationaux, réduire son investissement public de 45%, et durcir sa pression fiscale sur les petits contribuables, peut-il simultanément consentir des abattements de 75% et des exonérations totales à des groupes étrangers, sans jamais publier le coût cumulé de ces largesses pour les finances publiques ? Cette question restera posée tant que l’audit annoncé par la Présidence n’aura pas produit de réponse chiffrée et documentée.














