Gabon : le FMI demande plus de rigueur budgétaire à une DGBFIP qui multiplie les achats de véhicules sans concurrence

Le contraste est difficile à ignorer. Alors que le Fonds monétaire international (FMI) appelle le Gabon à renforcer la discipline budgétaire, à mieux hiérarchiser ses dépenses et à restaurer la soutenabilité de ses finances publiques, la Direction générale du Budget et des Finances publiques (DGBFIP), principal gestionnaire de la dépense de l’État, apparaît comme le plus important client de la société Luxury Car dans les marchés publics documentés entre 2021 et 2024, spus la gestion d’Andjoua Bon. Selon les données publiées sur le portail de la Direction générale des marchés publics (DGMP), cette administration et son ministère de tutelle ont attribué à cette entreprise plus de 5,785 milliards de fcfa de marchés, tous passés selon la procédure d’entente directe.

Cette réalité contraste avec les recommandations formulées par le FMI dans son rapport d’assistance technique. L’institution estime que le Gabon doit améliorer la gouvernance de ses finances publiques, renforcer la mobilisation des recettes intérieures, réorienter les dépenses vers les infrastructures essentielles et les besoins sociaux, tout en rétablissant des marges de manœuvre budgétaires compatibles avec une dette devenue préoccupante. Le rapport insiste également sur la nécessité de restaurer la crédibilité budgétaire à travers une meilleure gestion de la dépense publique et un renforcement des mécanismes de décision.

Or, les marchés attribués à Luxury Car dessinent une trajectoire inverse. En mars 2021, la DGBFIP valide un marché de 432 millions de fcfa pour neuf véhicules destinés aux gouverneurs de province. En septembre 2022 suivent 646,4 millions de fcfa pour douze véhicules, puis 747,4 millions de fcfa en décembre de la même année pour quarante véhicules. Le point culminant intervient en avril 2024 avec un marché de 3,96 milliards de fcfa portant sur l’acquisition de 144 véhicules, toujours sans appel d’offres. À chaque étape, la procédure reste identique : une entente directe au profit du même fournisseur.

Cette accélération intervient dans un contexte où le FMI alerte pourtant sur la détérioration des finances publiques. L’institution rappelle que les besoins bruts de financement du Gabon devraient représenter en moyenne 19 % du PIB par an entre 2024 et 2029, tandis que les paiements d’intérêts absorberaient 20 à 30 % des recettes publiques et que le service de la dette pourrait atteindre jusqu’à 115 % des recettes budgétaires. Dans un tel environnement, chaque dépense d’investissement est appelée à être justifiée par son utilité, sa transparence et son efficacité économique.

Au-delà du volume des achats de véhicules, c’est donc la question de la cohérence institutionnelle qui est posée. La DGBFIP est l’administration chargée de promouvoir la rigueur budgétaire, de contrôler l’exécution de la dépense publique et de diffuser les principes de bonne gestion financière. Le FMI souhaite d’ailleurs faire des administrations budgétaires les piliers de la modernisation de la gouvernance économique gabonaise. Dans ce contexte, les achats répétés de véhicules par entente directe interrogent sur l’exemplarité attendue de l’institution appelée à incarner la discipline budgétaire de l’État.

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