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Gabon : 36% des jeunes au chômage malgré une croissance qui repart à 3%

La Banque africaine de développement projette une reprise de la croissance gabonaise à 3 % en 2026 et 3,1 % en 2027. Les secteurs moteurs sont identifiés : construction, agriculture, agroalimentaire, services. Les investissements publics et privés repartent à la hausse. Sur le papier, les signaux sont orientés dans le bon sens. Mais les Perspectives Économiques en Afrique 2026 publient dans la même note pays un autre chiffre, qui relativise immédiatement cette embellie : le taux de chômage des jeunes Gabonais atteignait 36,3 % en 2025. Soit plus d’un jeune sur trois sans emploi, dans un pays qui renoue avec la croissance.

PIB : un progrès de 0,6 % en 2025

Ce découplage entre croissance et emploi n’est pas une anomalie conjoncturelle, c’est une caractéristique structurelle de l’économie gabonaise que le rapport documente avec la plus grande précision. Le PIB par habitant n’a progressé que de 0,6 % en 2025, contre 1,2 % en 2024. La croissance est tirée par des secteurs à faible intensité de main-d’œuvre, le BTP porté par les investissements publics, les industries extractives mécanisées, qui génèrent de la valeur ajoutée sans créer proportionnellement des emplois accessibles aux jeunes peu ou moyennement qualifiés. Le taux de chômage global s’établit à 20,2 %, avec une surtaxe particulièrement lourde sur les femmes, à 28,6 %.

La BAD ne formule pas de diagnostic sectoriel approfondi sur cette question dans la note Gabon, mais le rapport offre un cadre d’analyse continental qui éclaire la situation. L’institution souligne que la croissance africaine doit «atteindre 7 % ou plus» pour «créer de nombreux emplois et accélérer la réduction de la pauvreté». À 3 %, le Gabon est deux fois en dessous de ce seuil minimal d’absorption des entrants sur le marché du travail. Le taux de pauvreté, dans ce contexte, stagne à 33,1 % en 2025 contre 32,8 % en 2024, quasi-inchangé malgré la reprise.

Huile de palme et aviculture : moteurs de la reprise agricole ?

Ce que révèle cette configuration, c’est l’inadéquation entre la structure productive de l’économie gabonaise et les besoins d’une population jeune en forte croissance démographique. Les secteurs qui tirent la croissance, hydrocarbures, mines, BTP… de grands projets sont capitalistiques et peu créateurs d’emplois directs. Les secteurs potentiellement créateurs d’emplois pour les jeunes, agriculture, transformation agroalimentaire, services numériques, artisanat m, restent sous-financés et peu structurés. La BAD identifie l’huile de palme et l’aviculture comme moteurs de la reprise agricole, mais sans chiffrer leur impact attendu sur l’emploi.

La reprise gabonaise sera sociale ou ne sera pas. C’est, entre les lignes, le message que les chiffres du rapport adressent aux autorités actuelles. Renouer avec 3 % de croissance est une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour réduire un chômage des jeunes à 36,3 % qui alimente la pression sociale, l’économie informelle et l’exode urbain. La BAD recommande de stimuler «les investissements publics et privés ainsi que la hausse de la consommation totale», des leviers de demande qui restent génériques face à l’ampleur d’un défi d’emploi qui exigerait des politiques industrielles et de formation ciblées que le rapport n’explore pas pour le cas gabonais.

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