Au premier trimestre 2025, le taux moyen des prêts bancaires au Gabon atteignait 16,5 %, selon les données publiées dans les Perspectives Économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement. Pourtant le Gabon est membre d’une zone monétaire stable, adossée au franc cfa et garantie par le Trésor français, avec une inflation maîtrisée à 1,8 % en 2025, la plus basse de toute la sous-région. En théorie, ces conditions devraient produire un crédit abordable. En pratique, emprunter au Gabon coûte plus cher qu’au Nigeria, qu’en Côte d’Ivoire, et dans certains pays traversés par des conflits actifs.
La BAD identifie la cause structurelle : «le système financier reste peu développé, avec un marché financier régional embryonnaire et un secteur bancaire qui manque de ressources à long terme», représentant seulement «1 % des prêts en 2025». Faute de refinancement long, les banques gabonaises répercutent leur coût du risque et leur coût de liquidité sur les emprunteurs finaux. Le résultat est mécanique : le crédit devient inaccessible pour les PME, les entrepreneurs et les ménages qui en auraient le plus besoin. L’économie tourne en circuit court, financée par la dépense publique et les grands groupes qui accèdent directement aux marchés internationaux.
Ce taux de 16,5 % n’est pas seulement un indicateur financier, c’est un révélateur de la fracture entre la stabilité monétaire de la zone CEMAC et la réalité du financement domestique. L’ancrage au franc CFA comprime l’inflation, mais il ne suffit pas à créer la profondeur de marché nécessaire pour faire baisser le loyer de l’argent. La BAD note par ailleurs que les prêts non performants ont progressé de 9,28 % à 9,86 % entre 2024 et 2025, ce qui incite les banques à renforcer encore leurs marges de précaution. Cercle vicieux : plus le risque perçu est élevé, plus le taux grimpe ; plus le taux grimpe, plus les emprunteurs fragiles décrochent.
La question que les chiffres soulèvent est celle de la rente bancaire. Dans un marché peu concurrentiel, dominé par un nombre limité d’établissements, des taux à 16,5 % dans un environnement d’inflation à 1,8 % produisent des marges d’intermédiation exceptionnellement élevées. Qui bénéficie de cet écart ? La BAD recommande d’«accélérer la numérisation» et de renforcer «le système financier» pour réduire ces coûts, mais sans nommer les acteurs qui ont intérêt au statu quo.
La sortie de cette trappe à taux élevés passe, selon la BAD, par le renforcement du rôle de la Caisse des Dépôts et Consignations et du Fonds gabonais d’investissement stratégique, deux institutions dont l’institution reconnaît toutefois que «leurs capacités demeurent limitées». Elle recommande également le recours aux «lignes de crédit» des banques multilatérales de développement pour injecter des ressources longues dans le circuit bancaire local. Tant que ces réformes n’auront pas produit leurs effets, le Gabon restera dans cette anomalie : une économie à monnaie stable qui finance sa croissance à des taux d’urgence.














