L’électricité est devenue l’un des principaux freins à la compétitivité économique du Gabon. En annonçant la fin des délestages à l’horizon juillet 2027, lors d’un entretien accordé à France 24 le 2 juin dernier, le président Brice Clotaire Oligui Nguema fixe un objectif clair à la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) et engage sa crédibilité sur un dossier qui affecte quotidiennement les ménages et les entreprises.
Cette ambition repose sur des investissements conséquents. Depuis août 2023, plus de 800 milliards de fcfa ont été mobilisés pour renforcer le système électrique national, dont 500 milliards injectés au cours des deux dernières années. Ces ressources financent la modernisation du réseau, l’acquisition d’équipements et le règlement des créances dues aux prestataires du secteur.
Un pari industriel et financier
Le gouvernement prévoit également l’arrivée de 150 mégawatts supplémentaires d’ici décembre 2026. Cette capacité additionnelle doit permettre de réduire significativement le déficit énergétique qui alimente les coupures récurrentes observées à Libreville et dans plusieurs localités du pays.
Toutefois, le calendrier apparaît particulièrement serré. Les infrastructures vieillissantes, les pannes à répétition et les retards de livraison constituent encore des obstacles majeurs. À treize mois de l’échéance fixée par le chef de l’État, la marge de manœuvre reste limitée pour les opérateurs chargés de concrétiser cette promesse.
Un enjeu de compétitivité nationale
À court terme, l’annonce exerce une pression directe sur la SEEG, désormais placée sous l’obligation de résultats. Pour les usagers, qui subissent encore en moyenne plusieurs heures de coupure par jour, l’attente porte avant tout sur une amélioration progressive de la qualité du service.
À moyen terme, une réduction durable des délestages favoriserait la productivité des entreprises, limiterait les coûts liés aux groupes électrogènes et renforcerait l’attractivité du pays auprès des investisseurs. Dans un contexte où plusieurs économies africaines accélèrent leurs investissements énergétiques, la disponibilité d’une électricité fiable devient un critère déterminant de compétitivité.
Entre opportunités et risques
À l’échelle internationale, les expériences menées au Rwanda, au Maroc ou encore en Côte d’Ivoire montrent que la stabilité énergétique constitue souvent le socle des stratégies d’industrialisation. Le Gabon dispose aujourd’hui d’une opportunité pour transformer ses investissements en levier de croissance.
Le principal risque demeure toutefois administratif. De nombreux observateurs estiment que les lenteurs décisionnelles et les procédures complexes pourraient retarder l’exécution des projets. La réussite du pari présidentiel dépendra donc autant des financements mobilisés que de la capacité des administrations et des opérateurs à accélérer leur mise en œuvre. D’ici juillet 2027, la question ne sera plus celle des promesses, mais celle des résultats.














