Gabon : 6 223 milliards fcfa de budget pour 2027, ambitieux ou irréaliste ?

Le Gabon prévoit un budget de 6 223,1 milliards fcfa en 2027, en hausse de 727,9 milliards, soit 13,2 %, par rapport aux 5 495,2 milliards retenus dans la loi de finances rectificative 2026. L’enveloppe accompagne une prévision de croissance économique de 4,5 %, contre 4 % en 2026, ainsi que la volonté du gouvernement d’accélérer le Plan national de croissance et de développement 2026-2030. Mais derrière ce montant se trouve une structure de financement qui pèsera lourdement sur l’exécution du budget.

Sur les 6 223,1 milliards fcfa attendus, les recettes de l’État ne représenteraient que 3 291,7 milliards, soit environ 53 % du total. Les 2 931,4 milliards restants, près de 47 % de l’enveloppe, proviendraient de ressources de trésorerie et de financement. Le niveau du budget dépend donc presque autant des capacités de mobilisation financière de l’État que de ses recettes pétrolières, fiscales et autres ressources directement encaissées.

Le détail donne la mesure des sommes à rechercher : 600 milliards fcfa d’appuis budgétaires, 287,3 milliards de prêts-projets, 300 milliards de dette bancaire, 600 milliards à mobiliser sur le marché financier sous-régional ou intérieur et surtout 1 144,1 milliards fcfa sur le marché financier international. Les seules levées prévues sur les marchés régional et international totalisent ainsi 1 744,1 milliards fcfa, soit près de 60 % de toutes les ressources de trésorerie et de financement programmées pour 2027.

Une autre contrainte vient de la dette. Les charges financières sont projetées à 667,3 milliards fcfa, contre 487,6 milliards en 2026, soit une hausse de près de 37 %. À cela s’ajoutent 1 879,5 milliards fcfa d’amortissements de dette et 142,9 milliards d’apurement d’arriérés. Mis bout à bout, ces décaissements liés à la dette représentent environ 2 690 milliards fcfa, soit l’équivalent de plus de 43 % de l’enveloppe globale du projet de budget, même s’ils relèvent de catégories budgétaires et de trésorerie distinctes.

Le cadrage dépend également de plusieurs paris économiques. Alors que le prix du baril gabonais est attendu en recul de 12,5 %, à 70 dollars, Libreville table sur une production pétrolière en hausse de 4,1 %. Pour le manganèse, le scénario combine une augmentation de 8,6 % des volumes et de 45 % du prix moyen, à 241,9 dollars la tonne. S’y ajoute l’entrée en production du minerai de fer, évaluée à 1,5 million de tonnes dès 2027. Une variation importante de ces paramètres modifierait mécaniquement le cadrage macroéconomique sur lequel repose le PLF.

C’est aussi ce budget que les services du FMI viennent de passer en revue avec les autorités gabonaises. Le Fonds confirme avoir examiné les projets de politique budgétaire pour 2027, mais ne prononce dans son communiqué ni validation du budget, ni appréciation sur le réalisme des hypothèses retenues. Il annonce au contraire la poursuite des discussions techniques avant de « préparer le terrain » aux négociations sur un programme. Entre 2 931,4 milliards fcfa de financements à mobiliser, une facture de dette élevée et des hypothèses de matières premières déterminantes, la question centrale n’est donc pas uniquement la taille du budget : elle porte sur la part de ces 6 223,1 milliards qui pourra effectivement être financée et exécutée sans nouvelle révision en cours d’exercice.

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