La SEEG dispose de tous les instruments formels entreprise sous contrôle. Un conseil de surveillance, un directoire, un commissariat aux comptes. L’Assemblée Générale Ordinaire des actionnaires a approuvé les comptes de 2019 à 2023. Ces comptes ont donc été certifiés dans les formes. Mais certifiés ne signifie pas sains, cela signifie seulement qu’ils sont conformes à ce qui a été présenté aux auditeurs. Or, pendant que les signatures s’accumulent sur les rapports annuels, les délestages s’intensifient, les coupures d’eau se prolongent et des abonnés ayant réglé leurs frais de branchement attendent toujours leur compteur, sans réponse et sans recours.
Plusieurs observateurs dénoncent des soupçons de conflits d’intérêts, des activités parallèles liées à la commercialisation de l’eau et des résistances à certaines réformes structurelles au sein de l’entreprise. Ces allégations circulent depuis des mois dans les cercles sectoriels. Aucun rapport d’enquête, aucune saisine publique de la Cour des comptes, aucune communication du ministère de tutelle n’est venue les confirmer ou les infirmer. La certification comptable et le silence institutionnel coexistent sans que personne n’y voie de contradiction.
Trois directeurs généraux se sont succédé à la tête de la SEEG depuis août 2023, sans que le bilan opérationnel et financier de chaque mandat ne soit rendu public. Le Contrat d’Objectifs et de Performance signé en mars 2024 prévoyait des mécanismes de suivi, mais aucun rapport d’étape n’a été publié. Plus de 79 milliards de fcfa ont été effectivement décaissés sur la période, selon les données disponibles, sans qu’un audit indépendant public n’établisse le lien entre ces dépenses et leurs effets réels sur le réseau. L’argent entre, les signatures tombent, et le service continue de se dégrader.
Les autorités jouent une part de leur crédibilité économique sur la capacité à transformer un effort budgétaire massif en kilowattheures effectivement disponibles. Cette crédibilité ne se restaure pas par des communiqués ni par des certifications de complaisance. Elle suppose la publication du COP et de ses indicateurs, un audit indépendant sur l’usage des fonds engagés depuis 2023, et l’identification nominale des responsables des dérives documentées. Faute de quoi, la chaîne de contrôle censée protéger les finances publiques et les usagers restera ce qu’elle est pour l’heure : un dispositif formel qui valide sans vérifier.














