Gabon : l’homme qui a géré la dette prend la parole contre la dette

Il connaît le dossier de l’intérieur. Jean Gaspard Ntoutoume Ayi n’est pas un parlementaire qui découvre les finances publiques depuis les bancs de l’hémicycle. Avant d’être élu député du 2e arrondissement d’Akanda en octobre 2025, il a dirigé pendant deux ans la Direction générale de la Dette, nommé en octobre 2023 par les autorités pour gérer un encours de près de 7 500 milliards de fcfa d’engagements intérieurs et extérieurs. C’est cet homme-là qui a pris la parole lors du Débat d’orientation budgétaire relatif à la préparation de la loi de finances 2027, le 27 juin, pour dire ce que peu osent formuler devant le gouvernement.

Son intervention n’est pas celle d’un opposant cherchant à marquer des points. C’est un diagnostic d’expert livré à voix haute, depuis une tribune officielle. Le député a affirmé sans détour que « la situation dans laquelle se trouvent les finances publiques de notre pays est catastrophique », appelant les décideurs à tenir un « langage de vérité » sur la gravité des difficultés budgétaires. Pour quelqu’un qui a passé deux ans à négocier, restructurer et suivre la dette publique gabonaise, ces mots ont un poids que ses collègues sans bagage technique ne peuvent pas revendiquer.

Le fond de son argumentation porte sur un glissement structurel. Le PLFR 2026 prévoit plus de 1 400 milliards de fcfa d’emprunts, non pas pour financer des projets productifs, mais pour assurer l’équilibre budgétaire courant. Ces nouveaux emprunts généreront, selon lui, une charge d’intérêts de plus de 1 000 milliards de fcfa sur dix ans, soit l’équivalent de 1 000 kilomètres de routes bitumées qui ne seront jamais construites. Pour la seule année 2026, près de 100 milliards de fcfa sont consacrés aux seuls intérêts et frais bancaires liés aux tensions de trésorerie, soit deux fois le budget du ministère de la Justice et cinq fois celui de l’Assemblée nationale.

Ce que l’intervention de Ntoutoume Ayi révèle en creux, c’est une rupture entre le discours officiel de rigueur budgétaire et la réalité des arbitrages. Il a mis en garde contre le recours systématique au refinancement et au rééchelonnement de la dette, qu’il considère comme des solutions de court terme ayant montré leurs limites et profitant davantage aux créanciers qu’au redressement du pays. Un homme qui a lui-même piloté ces mécanismes pendant deux ans et qui en dénonce aujourd’hui les effets : c’est une confession pas très fréquente dans le débat public gabonais.

Sa prise de parole pose une question que le gouvernement ne peut pas esquiver : si l’ancien directeur de la Dette lui-même tire la sonnette d’alarme depuis l’hémicycle, qui, au sein de l’exécutif, peut encore soutenir que la trajectoire actuelle est soutenable ? Ntoutoume Ayi n’appelle pas à l’immobilisme. Il plaide pour « des décisions courageuses », pour « les renoncements nécessaires » à un assainissement profond. Il replace ainsi la discipline budgétaire là où elle devrait être : au centre du débat politique, avant toute ambition de développement.

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