Gabon : pétrole, manganèse, gaz, forêts, le trimestre en or de Libreville 

Le premier trimestre 2026 restera dans les statistiques comme un trimestre exceptionnel pour l’économie gabonaise. Quatre filières d’exportation en hausse simultanée, c’est une configuration que les données de la BEAC n’avaient pas enregistrée depuis longtemps. Le pétrole brut a bondi de 22 % à 75,7 dollars le baril. Le gaz naturel a explosé de 23,2 % à 10,31 dollars par million d’unités thermiques britanniques. Le manganèse a progressé de 2,5 % à 2,36 dollars le kilogramme. Les grumes ont atteint 299,8 dollars le mètre cube, leur plus haut niveau depuis le début de la série historique couverte par la note. En francs CFA, l’effet de change a encore amplifié le tableau : l’indice global des produits de base exportés par la zone CEMAC a bondi de 21,9 % en monnaie locale. 

La hausse du pétrole et du gaz n’était pas le fruit d’une économie en bonne santé, c’était le fruit d’une guerre. La fermeture de facto du détroit d’Ormuz depuis le 28 février 2026, consécutive à l’escalade militaire entre l’Iran et les États-Unis, avait créé une prime de rareté artificielle sur les marchés énergétiques mondiaux. L’Afrique de l’Ouest était devenue une zone de substitution par défaut pour les raffineurs privés d’approvisionnement en GNL qatari. Libreville en a profité sans l’avoir cherché, sans l’avoir anticipé dans aucun document budgétaire. L’accord Iran-États-Unis signé en juin 2026 a refermé la parenthèse aussi vite qu’elle s’était ouverte. Les cours du pétrole ont lâché plus de 3 % dans les heures suivant la signature. La prime géopolitique s’est évaporée.

Ce qui reste, ce sont le manganèse et le bois. Et sur ces deux filières, la BEAC apporte des données qui méritent attention. La note cite explicitement les opérations au Gabon parmi les facteurs soutenant la hausse mondiale du manganèse au premier trimestre 2026 aux côtés de la reprise de production en Australie et de la demande structurelle dans le segment des batteries pour véhicules électriques. Ce n’est pas un détail : c’est la BEAC qui reconnaît officiellement que les opérations gabonaises pèsent dans l’équilibre mondial d’un marché en croissance structurelle. Sur le bois, les grumes à 299,8 dollars le mètre cube répondent à une demande asiatique et européenne qui n’a rien à voir avec la géopolitique du Golfe Persique. Ces deux marchés-là tiendront quand le pétrole vacillera.

Le vrai problème est ailleurs. Le premier trimestre exceptionnel s’est produit dans un pays dont la production pétrolière recule de 4,7 % en 2026 selon la BAD, dont la dette dépasse le plafond CEMAC de 70 % du PIB, et dont les arriérés de paiement atteignaient 792 millions de dollars fin octobre 2025. Les recettes d’exportation ont progressé, mais sur des volumes pétroliers en baisse, dans un contexte budgétaire contraint, avec une prime géopolitique qui n’existe plus. La question qui se pose à Libreville n’est pas de savoir si le trimestre était bon. Il l’était. La question est de savoir combien de ce bon trimestre s’est traduit en marges de manœuvre budgétaires réelles, en apurement d’arriérés, en financement du PNCD, plutôt qu’en recettes consommées avant d’avoir été sécurisées.

La Banque mondiale anticipait, selon les données citées par la BEAC, une hausse globale des prix des matières premières de 16 % en 2026 et une progression des prix de l’énergie de 24 % sur l’année. Ces projections ont été établies avant l’accord de juin 2026. Elles seront revues à la baisse. Ce qui ne sera pas revu, en revanche, c’est le fait que le manganèse et les forêts ont des fondamentaux solides indépendamment de toute géopolitique. C’est sur ces deux filières que repose désormais la crédibilité du scénario économique gabonais pour le reste de l’année, pas sur un baril qui remonte parce qu’une guerre a éclaté quelque part.

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