Derrière le succès annoncé de l’émission de 920 millions de dollars se cache un processus de sélection des intermédiaires financiers qui reste largement opaque pour le grand public. AFG Capital Ltd, banque d’affaires panafricaine du groupe AFG Holding (Atlantic Financial Group), est intervenue comme conseiller financier exclusif du gouvernement gabonais, tandis que Cygnum Capital et Citigroup Global Markets ont assuré le rôle d’arrangeurs et le cabinet White & Case le conseil juridique. Ces désignations, présentées comme acquises dans les communiqués officiels, n’ont fait l’objet d’aucune communication publique sur les modalités de leur attribution.
En matière de transactions souveraines internationales, la pratique courante veut qu’un mandat de ce type soit attribué soit par appel d’offres restreint, soit par négociation directe sur la base de relations préexistantes. Aucun des deux processus n’a été documenté publiquement dans le cas gabonais, laissant ouverte la question de savoir si d’autres établissements financiers panafricains ou internationaux ont été consultés avant l’attribution du mandat à ce pool précis d’intervenants.
La rémunération de ces intermédiaires constitue un second angle mort. Les commissions perçues par un conseiller financier exclusif et des arrangeurs sur une émission souveraine de cette ampleur représentent généralement entre 0,5% et 2% du montant levé selon les standards du marché, soit potentiellement plusieurs millions de dollars sur cette seule opération. Aucun chiffre précis n’a été communiqué par les autorités gabonaises ni par les établissements concernés, une opacité qui n’est pas propre au Gabon mais qui mérite d’être documentée au regard des principes de transparence budgétaire promus par l’ITIE, dont le pays est membre.
Un exercice comparatif avec des opérations similaires dans la région offrirait un point de référence utile. L’émission camerounaise de 750 millions de dollars du 30 janvier 2026, ou le placement congolais de fin 2025, permettraient d’évaluer si les conditions obtenues par le Gabon, notamment le coupon de 9,375% sur une maturité de sept ans, reflètent une négociation réellement compétitive ou des marges normalisées dans un marché où l’offre de conseillers financiers qualifiés reste restreinte.













