L’ouverture officielle du corridor de l’estuaire du Komo, le 17 juin 2026, autorise 202 pirogues supplémentaires à exploiter une zone de 177 km² fermée depuis 2015. Le dispositif limite l’accès à quarante embarcations par jour. Sur le papier, c’est une bonne nouvelle pour l’offre de poisson frais à Libreville. Mais un reportage de Gabon 1ère diffusé en février 2026 rappelait une réalité que la réouverture ne résout pas mécaniquement : le poisson pêché dans les eaux gabonaises se vend déjà entre 2 500 et 4 000 FCFA le kilo, un niveau jugé incompréhensible pour un pays doté de 800 kilomètres de littoral.
Le même reportage identifiait les véritables postes de coût qui pèsent sur le prix final : le carburant, la glace, le transport vers les marchés urbains et les marges prélevées par les intermédiaires. Aucun de ces facteurs n’est traité par la seule ouverture d’un corridor de pêche. Ajouter 202 pirogues à la flotte autorisée augmente potentiellement le volume débarqué, mais rien dans le dispositif annoncé ne touche à la chaîne logistique qui détermine le prix payé par le consommateur final.
Autre angle mort : la mercuriale gouvernementale publiée en février 2026, qui plafonne les prix de plusieurs denrées de première nécessité, couvre les poissons surgelés importés, mais pas le poisson frais d’origine locale. Concrètement, même si le corridor du Komo permettait une hausse sensible de l’offre, aucun mécanisme de prix plancher n’encadrerait sa répercussion sur l’étal du marché. La baisse, si elle a lieu, dépendra entièrement du bon vouloir des mareyeurs et grossistes.
Un précédent éclaire la prudence à avoir : en juin 2024, le gouvernement avait dû organiser une « foire aux poissons » pour écouler 120 tonnes à bas prix dans le Grand Libreville, un geste ponctuel de lutte contre la vie chère, pas une réforme structurelle des prix. Rien n’indique que la réouverture du Komo s’accompagne d’un dispositif équivalent ou pérenne.
La question reste donc ouverte : sans centrale d’achat opérationnelle pour le poisson frais, sans plafonnement de prix et sans réforme de la chaîne logistique (carburant, glace, transport), l’arrivée de 202 pirogues supplémentaires risque de profiter davantage aux marges des intermédiaires qu’au panier des ménages gabonais.














