Le compte à rebours est désormais lancé pour Belinga. Fortescue vise 2030 pour la première expédition de minerai dans le cadre du développement industriel du gisement gabonais, un objectif réaffirmé le 26 août 2026 à Makokou par le PDG de Fortescue Belinga, Edward Kalajzic. Mais cette échéance reste suspendue à trois conditions majeures : l’achèvement des études, l’obtention des autorisations et surtout une décision finale d’investissement. Fortescue elle-même avait qualifié, lors de la présentation de ses résultats du trimestre clos en mars, l’objectif 2030 de « stretch target », autrement dit un calendrier particulièrement ambitieux.
Le paradoxe est que Belinga n’est pas un projet qui part de zéro. Le gisement, identifié dès 1955, fait l’objet d’une nouvelle campagne d’exploration depuis 2022 et un premier chargement test de minerai a déjà été exporté en décembre 2023 afin de démontrer la viabilité du projet. Depuis, Fortescue a considérablement intensifié les travaux : dans ses résultats annuels publiés le 20 août 2026, le groupe indique avoir dépassé 230 000 mètres de forage d’exploration à Belinga. Le projet avance donc géologiquement, mais le passage d’un gisement exploré à une mine industrielle suppose désormais de résoudre une équation beaucoup plus lourde : construire simultanément les capacités minières et les infrastructures nécessaires à l’acheminement du minerai.
La course contre la montre est engagée. Le schéma discuté entre Fortescue et l’État gabonais repose sur un ensemble intégré comprenant la mine, une infrastructure ferroviaire et un débouché portuaire à Kobe Kobe. En décembre 2025, le président Brice Clotaire Oligui Nguema et le président exécutif de Fortescue, Andrew Forrest, avaient déjà réaffirmé l’objectif d’une première mise à bord du minerai en 2030 et convenu de mettre en place une task force présidentielle pour accélérer les décisions. L’enjeu n’est donc plus seulement de démontrer que Belinga contient du fer de qualité, mais de transformer en quelques années un gisement enclavé du nord-est du pays en une chaîne exportatrice capable d’atteindre les marchés mondiaux.
Fortescue dispose pour cela d’une puissance financière et industrielle considérable. Sur son exercice 2026, le groupe a expédié un record de 201,3 millions de tonnes de minerai de fer, réalisé 17 milliards de dollars de chiffre d’affaires, dégagé 8,6 milliards de dollars d’Ebitda sous-jacent et 3,5 milliards de dollars de bénéfice net sous-jacent. Il a également généré 3,2 milliards de dollars de flux de trésorerie disponible et investi 3,6 milliards de dollars sur l’exercice. Mais Belinga reste en concurrence avec les autres projets du portefeuille mondial du groupe pour l’allocation du capital : Fortescue prévoit encore entre 300 et 500 millions de dollars de dépenses d’exploration et d’études pour l’ensemble de ses activités durant l’exercice 2027.
Pour le Gabon, le risque est donc moins géologique que temporel. Fortescue décrit Belinga comme pouvant devenir l’un des grands gisements d’hématite à haute teneur encore non développés dans le monde, avec un minerai présentant une forte teneur en fer et peu d’impuretés. Ce positionnement peut devenir un avantage dans une industrie sidérurgique cherchant à réduire ses émissions, mais il ne produira de valeur à grande échelle que lorsque les infrastructures et les investissements seront effectivement engagés. Entre le premier chargement test de 2023 et l’objectif industriel de 2030, sept années pourraient ainsi s’écouler. Belinga possède le minerai ; la véritable course consiste désormais à construire suffisamment vite tout ce qui permettra de le vendre.













