Gabon : purge dans les rangs de la magistrature !

En proposant trois hauts magistrats à la radiation et en sanctionnant plusieurs autres, le Conseil supérieur de la magistrature a frappé fort, ce 25 août à Libreville. Une purge qui dit la volonté de nettoyer l’appareil judiciaire gabonais, trop longtemps critiqué pour de graves manquements.

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a tenu, mardi 25 août à Libreville, une audience disciplinaire d’une ampleur inhabituelle. Dix noms figuraient au rôle établi par le secrétariat permanent de l’institution : Valérie Koumba, Ayiquise Bléra Ibinga, Carmela Beyo Adiatoulai, Bruno Obiang Mve, Quevin Mozogo Eya, Urbain Massala, Vanida Charlène Mengue Ogandaga, Herbin Ebozo’o Nkoulou et Eddy Narcisse Minang, Létitia Ayombo Moussa. 

Si le document ne détaillait ni les griefs ni les débats, il attestait tout de même qu’une part de la haute hiérarchie judiciaire gabonaise se retrouvait, le même jour, devant l’instance disciplinaire suprême de la profession.

À l’issue de la session, plusieurs sanctions majeures ont été prononcées, dont trois propositions à la radiation du corps de la magistrature (la mesure disciplinaire la plus lourde prévue par le statut des magistrats). Parmi les magistrats frappés par cette sanction figurent Urbain Massala, substitut général à la Cour d’appel judiciaire de Mouila, Létitia Ayombo Moussa, directrice de la Gestion des Sceaux et Symboles de la République, et le procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, Eddy Narcisse Minang (suspendu depuis quelques jours). 

D’autres, comme Bruno Obiang Mve, ancien procureur de la République près le tribunal de première instance de Libreville, ont écopé de mois de suspension assortis d’une suspension partielle de salaire. Pour tous, les plaintes dénonçaient de graves manquements aux obligations professionnelles du magistrat, selon des sources concordantes.

Cette purge ne surgit pas de nulle part. Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent, y compris parmi les magistrats  contre la corruption et certaines pratiques délétères au sein au sein du système judiciaire. Le cas de l’ancien procureur Eddy Minang, dont la radiation suscite le plus de débats, cristallise ces critiques : selon des sources concordantes, il serait associé à plusieurs affaires sensibles, notamment pour avoir court-circuité certaines enquêtes et entretenu des liens avec des malversations financières.

Lors d’un Conseil supérieur de la magistrature tenu en août 2024, le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait déjà multiplié les mises en garde à l’endroit d’une magistrature qu’il juge minée par la corruption. Devant les membres du Conseil, il avait évoqué sans détour les « dents pourries » de l’appareil judiciaire, estimant que leur maintien en poste risquait de freiner la restauration des institutions engagée depuis le coup de force d’août 2023. 

Un constat que partage, sur le fond, le Syndicat national des magistrats (Synamag).  Son président, Landry Abaga Essono, dénonce des maux similaires, tout en prenant soin de rappeler que les magistrats évoluent « sous pression, dans un système saturé ». Il pointe notamment la surcharge de travail, le manque de moyens humains et matériels, et l’absence de modernisation. « Les fautes individuelles existent, certes, mais elles sont surtout le symptôme d’un système qui les rend possibles (…) On n’a que la justice de ses moyens et de sa volonté », insiste-t-il.

Quoi qu’il en soit, l’audience du 25 août s’apparente à un test grandeur nature pour cette politique de fermeté annoncée par le président Oligui Nguéma. La balle est désormais dans le camp du CSM, seul habilité à valider les sanctions proposées en séance plénière. Une instance présidée, justement, par le président de la République lui-même. De sa décision dépendra la portée réelle de ce coup de filet.

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