Il aura fallu une saisine formelle de la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG) et une instruction directe du président de la République en Conseil des ministres pour relancer une institution qui existait mais s’était progressivement vidée de substance. Le 30 avril 2026, Brice Clotaire Oligui Nguema «instruit le gouvernement de relancer immédiatement les travaux du Haut Conseil pour l’Investissement (HCI)». Ce geste politique, consigné en tête du rapport, n’est pas anodin : il signale que le dialogue public-privé redevient un mécanisme d’État assumé, structuré et permanent, non plus une concession ponctuelle au secteur privé.
Le processus lui-même a une valeur de signal. La saisine du vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, par Alain-Claude Kouakoua, président de la FEG, en date du 14 avril 2026, décrit « un ensemble de problématiques interconnectées pesant lourdement sur l’écosystème entrepreneurial national, la compétitivité du tissu productif et la dynamique macroéconomique du pays ». Le fait que cette saisine ait produit une réponse présidentielle en moins de trois semaines, débouchant sur huit jours de travaux thématiques, constitue en soi une démonstration de réactivité institutionnelle rare dans l’histoire récente du Gabon.
La gouvernance des travaux a également été soignée. Le comité de pilotage regroupait le Secrétariat Général du Gouvernement, le Cabinet du Vice-Président, le Secrétariat Permanent du HCI représenté par l’Agence nationale de promotion des investissements (ANPI-Gabon), la FEG et les superviseurs de chaque groupe thématique. Cette architecture « reflète l’approche participative et multisectorielle qui a caractérisé ces assises» selon le rapport lui-même, et a « permis d’aboutir à des propositions consensuelles, pragmatiques et orientées vers l’amélioration durable du climat des affaires ». Le mot consensuelles est important : il indique que les feuilles de route ont été co-construites, ce qui renforce théoriquement leur probabilité d’exécution.
Pour les marchés financiers et les bailleurs institutionnels, la qualité du dialogue public-privé est un indicateur de gouvernance économique qui entre dans les modèles d’évaluation du risque souverain. Le Gabon est actuellement sous surveillance des agences de notation, Fitch et Moody’s ont maintenu des perspectives prudentes sur la trajectoire budgétaire du pays. Dans ce contexte, la démonstration d’un cadre de concertation fonctionnel, produisant des feuilles de route chiffrées avec délais et responsables identifiés, est un élément de réassurance qui ne compense pas les déséquilibres macroéconomiques mais contribue à la crédibilité de la trajectoire de réforme.
La limite de l’exercice est connue : le Gabon a une longue histoire de réformes annoncées sans suivi effectif. Le HCI lui-même avait été mis en sommeil avant d’être relancé en urgence. La valeur du signal dépendra donc de ce qui viendra après, notamment la promulgation du nouveau Code des Investissements, identifiée dans la conclusion du rapport comme « la clé de voûte de cette transformation », et la mise en œuvre des mesures dont les délais les plus courts sont fixés à un mois. C’est à cette aune que les marchés jugeront si le retour du dialogue structuré est une réforme ou une communication.














