Le Conseil des ministres du 25 juin 2026 a adopté un projet de décret portant création, attributions, organisation et fonctionnement des Brigades Mixtes de Contrôle et d’Inspection en République Gabonaise (BMCI). Placées sous l’autorité du ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations chargé de la Lutte contre la Vie Chère, ces brigades sont présentées comme un mécanisme interministériel destiné à conduire des opérations conjointes de contrôle, d’inspection et de vérification dans les domaines économique, commercial, sanitaire, douanier, technique et de protection du consommateur. Le texte justifie leur création par le constat d’un manque de coordination entre les différentes administrations compétentes en matière de contrôle, un aveu que le dispositif existant est fragmenté et inefficace.
La question qui se pose d’emblée est celle de l’articulation avec les structures déjà existantes. La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF), la douane dans ses missions de surveillance des marchandises, la Direction Générale du Commerce, les services sanitaires du ministère de la Santé, toutes ces administrations disposent théoriquement de pouvoirs de contrôle économique. Si un mécanisme interministériel de coordination s’avère nécessaire, cela signifie soit que ces administrations ne se parlent pas, soit que leurs moyens humains et matériels ne leur permettent pas de couvrir le territoire, soit que leurs interventions isolées restent sans suite effective. La BMCI n’efface aucune de ces causes structurelles.
L’expérience sous-régionale est instructive. Au Burkina Faso, la Brigade Mobile de Contrôle Économique et de la Répression des Fraudes (BMCRF) a démontré qu’un tel mécanisme peut produire des résultats tangibles — saisies de produits périmés, contrôle des marges sur les prix réglementés, démantèlement de circuits de distribution illicites, mais à condition d’une dotation en personnel formé, d’une indépendance opérationnelle réelle et d’une volonté politique de maintenir la pression même lorsque les opérateurs concernés ont des appuis dans les réseaux économiques et politiques. Ces conditions sont rarement réunies simultanément dans les pays de la sous-région, et le Gabon n’y fait pas exception a priori.
Le timing de cette création est également à mettre en perspective. Le communiqué du Conseil des ministres du même jour mentionne que le président Oligui Nguema a réaffirmé sa volonté de promouvoir les importations en provenance des pays africains, notamment les produits alimentaires, comme priorité stratégique. Cette orientation commerciale nouvelle, qui vise à diversifier les sources d’approvisionnement du marché intérieur, implique mécaniquement une augmentation des flux de produits à contrôler. La BMCI pourrait donc répondre autant à un objectif de régulation du nouveau commerce intra-africain qu’à un objectif de répression des pratiques illicites existantes.
La vraie mesure de ce dispositif sera dans son déploiement. Un décret de création n’est pas une brigade opérationnelle. Les questions budgétaires, dotations, véhicules, équipements de test et d’analyse, formation des agents, ne figurent pas dans le communiqué. Dans un pays où le budget rectificatif 2026 a réduit les dotations de fonctionnement de nombreuses administrations, la création de nouvelles structures sans financement dédié identifié reproduit un travers bien connu : l’apparence de l’action sans les moyens de l’effectivité.














