Gabon : qui entre au capital de la Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabon ?

Le Conseil des ministres du 25 juin 2026 a examiné deux projets de loi portant création de la Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabo, deux sociétés d’économie mixte appelées à succéder à la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) dans la gestion respective de l’eau potable et de l’électricité sur l’ensemble du territoire national. Ces textes, pris en application de l’article 94 de la Constitution et de la loi de 1983 régissant les établissements publics et les sociétés à participation publique, concrétisent l’annonce faite par le président Oligui Nguema devant le Parlement réuni en Congrès le 15 juin 2026. Le chef de l’État avait alors déclaré que la SEEG, dont le modèle intégré avait atteint ses limites, serait scindée pour mettre fin à la confusion des responsabilités face aux pannes simultanées d’eau et d’électricité qui pèsent sur les ménages et les entreprises.

La réforme n’est pas une improvisation. Dès avril 2024, les commissaires du Dialogue National Inclusif avaient plaidé pour une séparation de la SEEG en deux entités autonomes, considérant qu’il existait une interférence entre l’eau et l’électricité dans le règlement des factures et dans la gestion globale de cette société étatique, dont le chiffre d’affaires dépasse 230 milliards de fcfa par an. La demande portait sur la condition que l’État investisse dans les équipements de production, condition qui reste, à ce jour, non remplie de manière satisfaisante. Selon le calendrier annoncé par le gouvernement, une phase d’audit technique et financier, de définition des périmètres organisationnels et de transfert des actifs est prévue en 2026, avant le lancement officiel des deux sociétés autonomes en 2027.

Le communiqué final du 25 juin est pourtant remarquablement silencieux sur les questions qui comptent pour un investisseur et pour un usager. La qualification de sociétés d’économie mixte implique un actionnariat mixte public-privé, mais aucun nom de partenaire technique, aucun pourcentage de répartition du capital, aucun mécanisme de valorisation des actifs SEEG ne figurent dans le texte. La scission implique de séparer les équipes, les systèmes d’information, les patrimoines et les contrats, une opération longue et coûteuse. Elle soulève également la question des tarifs : chaque nouvelle entité devant équilibrer seul ses comptes, les économies d’échelle actuelles disparaissent, avec un risque d’ajustement tarifaire que les ménages modestes ne pourraient pas absorber sans compensation publique.

L’Autorité de Régulation du Secteur de l’Eau Potable et de l’Énergie, dotée ce même jour d’un organigramme complet avec des commissaires sectoriels nommés, est censée arbitrer ces équilibres. Mais la création quasi simultanée du régulateur et des opérateurs qu’il est censé contrôler pose une question de séquençage : comment une autorité naissante, dont les commissaires prennent tout juste leurs fonctions, pourra-t-elle peser face à des restructurations d’actifs réalisées en amont de son plein fonctionnement ? En attendant, la SEEG poursuit ses interventions techniques d’urgence : réparation d’un câble souterrain de 90 kilovolts, ajout de turbines à gaz à Owendo visant 225 MW d’ici 2028, et installation d’une ligne ACCC entre Owendo et Bisségué. Autant d’investissements dont la valorisation dans le bilan de chaque future entité reste à définir.

La vraie question que ce Conseil des ministres n’a pas résolue est celle du montage capitalistique. Qui finance la Gabonaise des Eaux ? Qui entre au capital d’Électricité du Gabon ? Les noms des partenaires, les conditions de l’appel d’offres éventuel, la part de l’État, la question des dettes historiques de la SEEG et leur affectation entre les deux nouvelles entités, tout cela reste en suspens. Le texte législatif présenté au Parlement sera l’épreuve de vérité : si le schéma capitalistique n’y figure pas, c’est que la décision politique a précédé la préparation économique.

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