Gabon : le gouvernement admet des irrégularités dans la gestion du parc d’engins agricoles

Dans la rubrique « Politique Générale » du communiqué final du Conseil des ministres du 25 juin 2026, une communication du ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement Rural a mis en évidence ce que le texte officiel qualifie pudiquement d' »insuffisances » : des problèmes liés à la réception complète des équipements agricoles acquis dans le cadre de la modernisation du secteur, à leur enregistrement au patrimoine de l’État et aux modalités de leur gestion. Le gouvernement a reconnu avoir engagé des actions de régularisation, notamment l’identification, l’immatriculation et l’assurance des matériels concernés, des démarches qui auraient dû précéder, et non suivre, la mise en service des engins. C’est un aveu rare dans un communiqué officiel.

L’enjeu n’est pas anecdotique. Dans le cadre de sa stratégie de souveraineté alimentaire, le gouvernement gabonais a annoncé pour 2026 une enveloppe de plus de 775 milliards de fcfa destinés au développement du secteur agricole, visant à réduire une dépendance aux importations alimentaires qui représente encore entre 60 et 70 % des besoins du pays. Pour inverser cette tendance, le gouvernement prévoit en 2026 une mobilisation de plus de 775 milliards de fcfa destinés au développement du secteur agricole, devant permettre de moderniser les infrastructures, soutenir les producteurs locaux et structurer les filières prioritaires. Dans ce contexte, la révélation que des engins déjà acquis ne sont pas encore enregistrés ni assurés fragilise la crédibilité de l’ensemble du programme.

Les questions que soulève cette communication sont précisément celles que le communiqué n’a pas répondues : quels équipements sont concernés ? Auprès de quels fournisseurs ont-ils été achetés ? À quel prix unitaire ? Pour quel montant global de marché ? Ces engins ont-ils fait l’objet d’un appel d’offres ou d’un marché de gré à gré ? Sont-ils opérationnels, ou se dégradent-ils en attente d’immatriculation ? La formulation administrative « insuffisances liées à la réception complète » peut aussi bien désigner des équipements partiellement livrés, des équipements livrés mais non conformes au bon de commande, ou des équipements disparus entre la livraison et l’inventaire. Chaque hypothèse a un sens très différent.

Ce type de situation n’est pas inédit dans l’histoire agricole gabonaise. Sous le régime précédent, plusieurs acquisitions de matériel agricole dans le cadre de programmes de diversification économique s’étaient soldées par des engins immobilisés faute de pièces de rechange, de formation des opérateurs ou d’infrastructures d’accueil. La répétition de ce schéma, dans un contexte où la souveraineté alimentaire est érigée en priorité nationale et où le budget est en contraction, pose la question de la qualité des procédures de passation et de réception des marchés publics agricoles. Le ministère de l’Agriculture a indiqué que des mesures étaient envisagées pour renforcer la gestion, la maintenance et l’utilisation optimale des équipements grâce à un cadre réglementaire approprié, un engagement qui ressemble à une procédure qu’il aurait fallu avoir dès l’origine.

Ce que le Conseil des ministres a validé ce 25 juin, c’est donc moins une solution qu’une reconnaissance publique d’un dysfonctionnement. La régularisation annoncée, identifier, immatriculer, assurer, aurait dû constituer le point de départ de tout déploiement de matériel public. Que ces étapes soient présentées comme des « actions engagées » après le fait révèle une chaîne de responsabilités administrative et budgétaire défaillante. Le croisement de cette communication avec les données de passation des marchés agricoles disponibles sur la plateforme DGMP devrait permettre d’identifier les contrats concernés, les attributaires et les montants. C’est là que le dossier prend sa véritable dimension.

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