Gabon : la fracture fiscale entre le vendeur de quartier et le grand contractant, ce que révèle le PLFR 2026

Un commerçant d’Owendo ou de Ntoum, redevable de quelques dizaines ou centaines de milliers de fcfa au titre de la patente ou de l’impôt synthétique libératoire, fait aujourd’hui l’objet d’un recouvrement forcé de la part de la Direction générale des impôts dans le cadre d’une opération déployée sur l’ensemble du Grand Libreville. Pour ce type de contribuable, le rapport de force avec l’administration fiscale est immédiat et sans marge de négociation apparente.

Le PLFR 2026 dessine, à l’inverse, un tout autre rapport de force pour les grands opérateurs économiques. Trois marchés distincts confiés à SUMMA INSAT TICARET A.S. bénéficient chacun d’un abattement de 75% sur leur base imposable, pour des durées allant de 14 à 24 mois selon le contrat. Karpowership Global DMCC, de son côté, échappe à l’ensemble des droits, taxes et redevances sur son contrat électrique de 150 MW, un régime qui couvre l’intégralité du cycle d’importation, d’installation et d’exploitation de ses unités flottantes.

Le budget 2026 documente par ailleurs l’ampleur du repli fiscal généralisé : les recettes fiscales globales chutent de 617,1 milliards FCFA (-25%) par rapport à la loi de finances initiale. (PLFR 2026, tableau synthèse de l’évaluation des recettes budgétaires) Pendant ce temps, aucune ligne du texte ne documente le montant recouvré ou visé par les opérations de recouvrement forcé menées sur le terrain contre les petits contribuables du Grand Libreville.

Cette fracture entre fiscalité de rigueur pour les petits opérateurs et fiscalité de complaisance pour les grands contractants n’est pas propre au Gabon, mais elle prend ici un relief particulier : elle se joue au moment précis où le Chef de l’État reconnaît publiquement que le système d’exonérations fiscales et douanières échappe, depuis des années, à tout contrôle rigoureux. Tant que l’audit annoncé par la Présidence n’aura pas produit de chiffres consolidés et publics sur le coût réel de ces largesses accordées aux grands groupes, la question de la proportionnalité entre pression fiscale sur les TPE/PME et clémence envers les multinationales restera posée sans réponse officielle.

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