Le Conseil de cabinet présidé par Brice Clotaire Oligui Nguema a acté le principe d’un audit complet des exonérations fiscales et douanières. Le communiqué de la Présidence évoque des exonérations arrivées à échéance qui continuent néanmoins de priver l’État de ressources, sans toutefois nommer aucun bénéficiaire, secteur ou dispositif concerné, ni avancer le moindre chiffre.
Cette absence de précision ouvre une question centrale que le communiqué officiel ne traite pas : quels sont les régimes d’exonération concernés, zones économiques spéciales, secteur minier, importations privilégiées, conventions particulières négociées de gré à gré, et quels opérateurs en bénéficient actuellement. Sans cette information, rendue publique par les régies financières elles-mêmes, il est impossible d’évaluer l’ampleur réelle du phénomène décrit par la Présidence.
Le PLFR 2026 fournit, à défaut d’un audit global chiffré, une première liste partielle et instructive de bénéficiaires, avec des montants précis pour certains. Nouvelle Gabon Mining bénéficie d’une exonération totale d’IS, d’IMF, de TVA et d’impôt foncier sur ses deux concessions manganèse. SUMMA INSAT TICARET A.S. obtient un abattement de 75% sur la base imposable de trois marchés distincts (siège ONU, cité gouvernementale, échangeur Route Protocole), plafonné respectivement à 14, 24 et 16 mois.
Karpowership Global DMCC bénéficie d’exonérations totales sur son contrat électrique de 150 MW. Le groupement BESIX-MBB-MATIÈRE obtient un financement complémentaire approuvé de 13,119 milliards de fcfa sur son marché de flyovers, en plus de ses avantages fiscaux. (PLFR 2026, articles 11-12, 27-29, 31, 80) Vingt conventions au total sont ainsi listées à l’article 56, un inventaire qui n’avait jamais été consolidé publiquement avant ce collectif budgétaire. L’histoire récente des finances publiques gabonaises comporte plusieurs cas documentés de dispositifs d’exonération ayant fait l’objet de controverses, sans qu’un audit exhaustif et public de l’ensemble du système n’ait jamais été mené à terme.
Le même schéma de flou institutionnel se retrouve dans d’autres pans de la commande publique gabonaise, où l’attribution de marchés par entente directe a également fait l’objet de constats répétés. Le PLFR confirme d’ailleurs, à l’article 10, que ces avantages fiscaux et douaniers « ne peuvent être interprétés comme renonciation par l’État Gabonais de l’exercice de ses compétences souveraines », une précision qui n’aurait pas lieu d’être si certains bénéficiaires n’avaient, par le passé, tenté de s’en prévaloir de façon extensive.
L’annonce actuelle ne précise pas si l’audit portera sur l’intégralité des régimes existants ou sur un périmètre restreint. Le PLFR 2026 laisse pourtant deviner l’ampleur du chantier resté hors champ : son article 48 exclut explicitement de toute régularisation les « avantages fiscaux, douaniers ou assimilés non expressément repris par la présente loi ou par voie réglementaire », tandis que le Fonds Souverain de la République Gabonaise voit ses recettes attendues divisées par deux, de 3,046 à 1,547 milliard de fcfa (-49%) dans ce même collectif, sans qu’aucun lien ne soit établi dans le texte entre cette baisse et le dossier des exonérations. Ce sont précisément ces zones d’ombre non chiffrées qui distinguent un audit susceptible de produire un effet réel sur les finances publiques d’un exercice essentiellement déclaratif.














