Gabon : la rhétorique souverainiste à l’épreuve des marchés

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a insisté, dans son discours marquant les 66 ans de l’indépendance, sur la volonté du Gabon de nouer des partenariats « d’égal à égal » plutôt que des relations de dépendance, quelques jours à peine après une visite d’État à Paris ayant produit des « accords d’investissement stratégiques » et des engagements à « consolider les finances publiques », tous deux non chiffrés. Le rapprochement est révélateur : un gouvernement soucieux d’afficher son autonomie tout en courtisant précisément les capitaux occidentaux et la bienveillance institutionnelle que ce discours souverainiste vise habituellement à tenir à distance.

Cet exercice d’équilibriste n’a rien d’inédit pour les États riches en ressources sortis d’une prise de pouvoir irrégulière. Les autorités tchadiennes comme guinéennes ont chacune tenté des variantes du même scénario : affirmer publiquement leur indépendance vis-à-vis des anciennes puissances tutrices, tout en recherchant en coulisses l’allègement de dette, l’appui budgétaire ou les garanties d’investissement que seuls ces mêmes partenaires, ou le FMI qu’ils influencent, peuvent véritablement offrir. La distance rhétorique résiste rarement au choc d’une crise de balance des paiements.

Les finances gabonaises rendent cet enjeu concret. Le pays négocie avec le FMI et courtise les agences de notation, tandis que ses responsables présentent l’engagement extérieur comme une question de dignité nationale plutôt que de nécessité. Rien dans le discours ne permet de savoir laquelle de ces deux postures prévaudra réellement lorsque la conditionnalité sera sur la table des négociations. Le véritable test se jouera dans la divulgation des informations, non dans les discours. Des conditions transparentes, des accords publiés et des calendriers vérifiables suggéreraient que le discours souverainiste est compatible avec les pratiques standards des marchés. 

Des annonces vagues d' »accords stratégiques » sans chiffres, comme celles livrées ici, suggèrent au contraire un gouvernement plus à l’aise avec la déclaration d’indépendance qu’avec la documentation qui accompagne habituellement un investissement réel. Les investisseurs qui suivent l’eurobond gabonais et ses pairs de la zone CEMAC devraient considérer ce discours comme un exercice d’atmosphère plutôt que comme une source d’information. Le test véritable réside dans la documentation qui finira par émerger de la visite parisienne, et moins dans la formule « partenariat d’égal à égal » elle-même.

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